Scène VI
Tenez, mon ami ! portez tout ça dans la chambre qui m’est réservée.
Dans la chambre ?… Mais laquelle ? On n’attend personne.
Comment, laquelle ?… Il n’y a pas une chambre pour madame Petypon ?
Ah ! si !
Eh ! bien, c’est bien ! faites-y monter mes colis !
Ah ?… Bien, madame !
J’ai subjugué une femme du monde ! (Apercevant Gabrielle.) Oh ! pardon, madame.
Oh ! pardon ! monsieur ! (Le duc s’incline.) Excusez-moi d’être en costume de voyage, je descends de chemin de fer et je ne me doutais pas qu’il y eût déjà réception ce soir.
Mais, madame, vous êtes tout excusée.
Le général n’est pas là ?
Il est dans le parc avec ses invités, mais il va revenir.
Parfait !… je vais en profiter pour aller voir si on monte mes malles !
Au revoir, belle madame ! au revoir ! Qu’est-ce que c’est que ce tocasson ?… (Brusquement.) J’aime mieux madame Petypon !
Hum ! Hum !… Messieurs les pompiers de la Membrole ! C’est toujours une profonde émotion pour un vieux militaire, qui, par conséquent, j’ose le dire sans forfanterie, aime les militaires, de voir, réuni devant lui et dans un même élan, tout un groupement, euh… militaire !… Oui !… Euh ! qu’est-ce que je voulais donc vous dire ? Je ne sais plus ! Ah ! oui ! Je vous salue, messieurs les pompiers ! Je salue votre drapeau en la personne si j’ose dire de vote bannière, ornée d’autant de médailles que la poitrine d’un brave. Comme disait Napoléon à Austerlitz… Attendez donc ! était-ce bien à Austerlitz ? Non, c’était à… D’ailleurs, peu importe ! À quoi bon des souvenirs historiques ? À quoi bon avoir recours aux paroles des grands quand on peut puiser en soi-même ? J’aime mieux vous dire tout simplement ce que mon cœur me dicte : merci, messieurs ! Vive les pompiers de la Membrole ! Vive la France et… et au revoir !
Bravo ! bravo !
Vive le général ! Vivent les fiancés !
Il y a du vin et de la bière pour vous là-bas sous la tonnelle ! Allez ! et, comme on dit au régiment, tâchez moyen de ne pas vous pocharder !
Vive le général !
À la bonne heure !
Ah ! c’était charmant.
Ah ! exquis.
Ah ! délicieux ! (Enjambant la chaise qui est au milieu.) Eh ! allez donc ! c’est pas mon père !
Ah ! bravo, madame Claux !
Tiens ! je ne vois pas pourquoi je ne serais pas Parisienne, moi aussi !
Ah çà ! où sont donc mes nièces ?
Mon général, je viens de voir madame Petypon se promenant avec mademoiselle Clémentine dans le parc.
Ah ! parfait ! elle lui donne sa leçon de parisianisme.
Oh ! général, je sais bien une chose qui ferait plaisir à tout le monde !
Quoi donc ?
Quoi ? quoi ?
Ne dites pas que c’est moi qui vous l’ai dit : il paraît que madame Petypon est excellente musicienne !…
Ma nièce ?
Parfaitement ! Et qu’elle chante à merveille.
Ah ! il faut lui demander de chanter !…
Oh ! ce serait si gentil, si elle voulait bien !…
La moindre des choses : quelques couplets, une romance !
Je vous promets, dès qu’elle sera là, de le lui demander.
Ah ! Bravo !… bravo !…