Scène X
Ah ! çà, mais tu es fou ? Qu’est-ce qu’il te prend ?… Comment ! tu me dis que tu lui pardonnes ; que tu l’emmènes en Italie ; et quand je la jette dans tes bras, voilà comment tu l’accueilles ?
Je vous demande pardon, mon oncle ! mais sur le moment, n’est-ce pas ?… Après ce qui s’est passé !… un mouvement de révolte !…
Mais puisque je te dis qu’il ne s’est rien passé !
Oui, vous avez raison, mon oncle, appelez-la donc et que tout soit fini !
À la bonne heure ! Voilà qui est bien parlé.
Oui !
Mais, dame, voyons ! (Il fait mine de remonter vers la porte du fond. Petypon, qui n’a pas lâché sa main, le tire à lui. Le Général, ramené contre Petypon.) Qu’est-ce qu’il y a ? (Petypon, sans lâcher la main du général, tend sa main gauche, par-dessus son poignet droit. Le Général, regardant la nouvelle main qu’il lui tend.) Ah ! (Il lâche la main droite de Petypon, et de sa main gauche lui serre la main gauche.) Mais oui, oui ! (Il fait de nouveau volte-face pour s’en aller, mais Petypon, qui ne l’a pas lâché, le ramène à lui comme précédemment et lui tend sa main droite par-dessus sa main gauche. Le Général regarde cette troisième main, étonné, puis.) Y en a plus ?
Non !
C’t heureux !
Je la ficherai à la porte dès qu’il sera parti, voilà tout !
Ah ! si je n’étais pas là pour tout arranger !
Monsieur, il y a deux messieurs qui sont déjà venus avant-hier.
Quels deux messieurs ?
Messieurs Marollier et Varlin. Ils disent qu’ils viennent de la part de M. Corignon.
Ah !
Quoi ?
Je sais !
Ah !
C’est pour ton duel !
Comment, mon duel !
Oui !… Tu te bats avec Corignon !… Je lui ai dit que tu attendais ses témoins.
Hein ! Mais pas du tout ! Mais en voilà une idée !
Priez ces messieurs d’attendre au salon !… (Au moment où Étienne fait demi-tour pour sortir, — brusquement.) Non ! (Demi-tour d’Étienne en sens inverse.) Madame y est !… Dans la salle à manger !…
Oh ! lala ! lala !
Ah !… (Étienne revient.) et puis, dites à madame Petypon !… (Répétant, pour bien préciser.) à madame Petypon… que le général la prie de venir dans le cabinet de monsieur.
Hein ! Mais non ! mais non !
Mais si, mais si ! quoi ? Allez !
Oui, mon général !
Ah ! ça va bien ! Ah ! ça va bien !…
Et maintenant, dis que je ne suis pas un homme de précaution.
Quoi ? (Manquant de s’embrocher.) Oh !
Eh ! là !… attention, que diable !… il est inutile de te blesser d’avance ! (Plaisamment.) c’est l’ouvrage de ton adversaire !
C’est délicieux ! (Changeant de ton.) Ah ! çà mon oncle, ça n’est pas sérieux !
Comment ça, pas sérieux ? Ce garnement mérite une leçon ! (Même jeu.) Moi, comme général, je ne peux pas la lui donner ! (Même jeu.) mais toi, comme mari offensé !…
Mais, qu’est-ce qu’ils ont donc tous à vouloir que je me batte ?