Scène XIII
Eh ! bien, quoi ? il s’en va au moment où nous arrivons ! (Se retournant pour faire entrer la Môme qui attend dans le vestibule.) Venez, mon enfant, venez, je vais vous ramener votre mari aussi empressé et amoureux que par le passé.
Ah ! ben ! c’est bien pour vous, général, ce que j’en fais !
Allons, mon enfant, pas de nerfs surtout ! pas de nerfs.
Ah ! vous êtes bon, vous, général ! (Lui frisant sa moustache de la main droite.) Vous me comprenez.
Mais oui, je suis bon !… (Se campant bien face au public, les jambes écartées, les genoux pliés, et les mains sur les genoux.) Allons, ma nièce, embrassez votre oncle.
Ah ! oui, mon oncle !… Avec joie !
Oh ! nom d’un chien !… (Plus fort.) Oh ! nom d’un chien ! (Se dégageant et gagnant la droite.) Ah ! nom d’un chien de nom d’un chien, de nom d’un chien !
Ah ! ce baiser m’a fait du bien !
Ah ! si elle n’était pas ma nièce ! Cré nom de nom !
Ah ! C’est un homme comme vous qu’il m’aurait fallu, général ! un homme… (Lui introduisant furtivement l’index dans l’oreille, ce qui le fait sursauter.) qui me comprît !… Ah ! je vous assure qu’avec vous !…
Eh ! Quoi ?… Alors, mon neveu !… Il ne vous comprendrait pas ?
Oh ! pour ce que je lui suis !…
Est-il possible ! Il vous délaisse !… Oh !… (Brusquement, comme une trouvaille.) Et pour une autre peut-être !
Oh ! ne parlons pas de ça !
Ah ! nom de nom ! Je comprends maintenant le pourquoi de votre coup de tête !
Je n’en calculais pas la portée.
Ah ! pauvre innocente !… que de ménages ainsi disloqués par l’incurie des maris !
Ah ! mon oncle !
Entre chair et cuir. — Ah ! nom de nom !… (Un peu plus fort.) Ah ! nom de nom ! (Se dégageant et gagnant la droite en ramenant nerveusement un côté de sa redingote sur l’autre.) Ah ! nom de nom, de nom, de nom ! (Avec transport.) Ah !… pourquoi faut-il qu’elle soit ma nièce ! (Revenant à elle et l’enlaçant fiévreusement de son bras gauche.) Et c’est cette petite femme-là que son mari, par son indifférence, jetterait dans les bras d’un autre ?… Non, non ! (Il l’embrasse sur la tempe droite.) Je ne veux pas d’un autre !… (Nouveau baiser.) Un autre ne l’aura pas !… (Nouveau baiser.) Tenez, mon enfant, (La conduisant au fauteuil extatique.) asseyez-vous là ! (Tandis que la Môme s’assied, gagnant la gauche.) Je vais lui parler, moi, à votre mari !… et nous verrons !… (Revenant à la Môme.) Ah ! mais, si je m’en mêle, mille millions de tonnerres !… (Il donne un grand coup de poing sur le bouton gauche du fauteuil ; courant, — choc. La Môme est endormie. Le Général, sans se rendre compte de l’effet de son geste, a gagné à grandes enjambées la porte de gauche ; arrivé sur le seuil, il se retourne et avec un geste de la main.) Bougez pas !