Scène XVIII
Ah ! je comprends tout, maintenant ! Madame est ta maîtresse !
Hein ?
Qu’est-ce que vous dites ?…
Mais, mon oncle !…
Laisse-moi tranquille !
Moi, moi, sa maîtresse !
Hein ? Oui ! non ! ne te mêle pas ! ne te mêle pas !
Qu’est-ce que ça veut dire ?
Venez, pauvre enfant, et apprenez à connaître ce que vaut celle que vous appelez votre amie !… Elle vous trompe avec votre mari !
Aïe !
Moi ! moi ! Mais je suis sa femme !
Vous !
Je vous expliquerai !
Laisse-moi tranquille ! (Désignant la Môme.) Ta femme, la voici !
Elle ? mais c’est votre femme !
Hein ! oui, chut !…
Fichtre ! ça se gâte !
Ma femme, elle ! (Courbé par le rire et se laissant tomber dans le fauteuil extatique.) Ah ! ah ! laissez-moi rire !
Le fauteuil !
Il se précipite derrière le fauteuil pour presser le bouton, mais au moment où il fait fonctionner la bobine, le général se relève.
Ah ! Ah ! Ah !
Raté !
Ah ! ça, général ! expliquez-vous !
Non, non ! pas d’explications !
Ah !… Vous, général ! Il faut que je vous parle !
Mongicourt à présent !… Ah ! tout est perdu !
Il se laisse tomber dans le fauteuil sans réfléchir que la bobine est en mouvement. Immédiatement, il reçoit le choc ; un hoquet : « Youpp ! » et le voilà figé dans son attitude dernière, les yeux ouverts, le sourire aux lèvres.
Non, monsieur, non ! pas d’explications !
Mais, permettez !…
Inutile, monsieur ! après ce qu’a fait votre femme !…
Où ça, ma femme ? Qui ça, ma femme ?
Mais… Madame !
Moi !
Mais ça n’est pas ma femme !
Je suis la femme du docteur Petypon !
V’là le grabuge, caltons !
Oui ? eh ! bien, ça ne prend pas ! vous pensez bien que je la connais ! Je la connais la femme de mon neveu ! puisqu’il l’a amenée à La Membrole avec lui.
Hein ! il l’a amenée, lui !
Mais parfaitement ! De même que je sais bien que vous êtes la femme de M. Chose, là, Machincourt.
Quoi ?
Mais c’est le genre, ici, de toujours prétendre que vos femmes ne sont pas vos femmes !… à ce point que vous en arrivez à vouloir me faire croire que la femme de mon neveu est ma femme ! vous comprenez que cela dépasse les bornes !
Mais qu’est-ce qu’il dit ?
Allons, assez de blagues comme ça !… Non, me persuader qu’elle est ma femme, elle !… Eh bien ! où est-elle donc ? (Appelant en remontant.) Ma nièce !… ma nièce !
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ENSEMBLE. |
Gabrielle, emboîtant le pas au général.
Mais enfin, général !… Mongicourt, à la suite de Gabrielle.
Général, voyons !… |
Allez, rompez ! (Il sort de droite en appelant.) Ma nièce ! ma nièce !
Ah ! non, par exemple, celle-là…
Ah ! c’est trop fort ! (À Petypon endormi.) Ah ! gredin, tu avais une maîtresse et tu la faisais passer pour ta femme !… Ah ! tu !… (À Mongicourt.) Non, mais regardez-le !… et il ose sourire !… Ah ! bien, attends un peu !…
Prenez garde ! Vous n’avez pas de gants !
Vous avez raison. Où sont-ils les gants ?
Mais non ! Mais non, voyons !
Si ! Si ! Où sont-ils les gants ? Ah ! les voilà ! (Elle prend le gant de la main droite et l’enfile tout en redescendant à gauche du fauteuil.) Ah ! tu m’as trompée ! Ah ! tu as abusé de ma confiance ! Eh ! bien, tiens ! (Ayant pris un peu de champ, elle soufflette son mari du revers de la main droite. La figure de Petypon reste souriante et immobile.) Ah ! tu as une maîtresse ! Eh bien ! tiens ! (Nouveau soufflet du revers de la main droite.) Ah ! tu fais la fête ! Eh bien ! tiens ! tiens ! tiens !
Assez ! assez ! grâce pour lui !
Il pleut des baisers,
Piou ! Piou !
Quoi ?
Ah ! je vais t’en donner, moi, des caresses ! Tiens !
Oh !
Tu l’as sentie, celle-là !
Gabrielle !…
Arrière, monsieur ! Le Général m’a tout dit !… Désormais, tout est fini entre nous ! Je reprends ma vie de jeune fille !
Gabrielle, voyons !
Il n’y a pas de « Gabrielle, voyons » ! Je vous dicte mes volontés ; vous n’avez qu’à vous soumettre !
C’est bien !
Je quitte cette maison !
Bon !
Nous divorçons !
Bon !
Je reprends ma fortune !
Bon ! (Relevant la tête.) Oh ! tout, alors ?
Tout ! (Remontant pour lui faire la place et lui indiquant la porte.) Et maintenant, sortez ! que je ne vous voie plus !
Bon ! (L’échine pliée, d’un pas lourd, il gagne théâtralement la porte de droite. Arrivé sur le seuil, il se retourne et mélodramatiquement.) Je retourne chez ma nourrice !
Ce pauvre Petypon ! vous avez été dure pour lui !
Jamais trop ! Si vous croyez m’apitoyer sur son sort !… (Marchant sur Mongicourt qui recule à mesure.) Ah ! il veut faire le gandin à son âge ! Ah ! je ne lui suffis pas ! Eh bien ! qu’il aille se faire consoler ailleurs !