ZOÉ À AGATHE.
Agathe! vous m'êtes et me serez toujours chère; mais vous n'êtes plus sage. Comment un clin d'œil a-t-il pu vous changer à ce point? Agathe éprise d'un prêtre! Où prétends-tu aller? quel est ton but? Fille aimable et sensible, où vas-tu placer tes premières affections? L'infortune a des droits sur nous. Il est beau, il est louable, il est tout naturel de verser une larme sur le malheur de ses semblables; mais un homme qui vient d'élever un mur d'éternelle séparation entre lui et les femmes, parce qu'il a été le jouet de l'une d'elles, peut-il devenir un objet d'attachement? Mais je me trompe, mon Agathe a voulu s'amuser un moment, et son esprit me tranquillise sur son cœur. C'est un roman que tu m'as fait: n'est-ce pas? Agathe va venir voir sa Zoé, restera avec elle plusieurs jours; elle continuera d'être les délices de la société. Si l'amitié me donne quelques droits sur Agathe, j'en profiterai pour te guérir de cette surprise faite à tes sens, et tu attendras paisiblement l'heure marquée par le destin, où tu dois rencontrer l'homme qui te convient, et avec lequel tu puisses t'unir, à mon exemple. Viens, mon Agathe, c'est assez te faire illusion: prends-y garde, l'imagination quelquefois est perfide. L'amitié vraie qui m'unit à toi ne l'est point. Prends de ses conseils. Viens, et laisse-toi un moment conduire par la main de ta Zoé.
Tu penses bien que je n'ai point communiqué tes dernières lettres à mon mari. Viens nous voir, ou j'irai te chercher.