ZOÉ À AGATHE.
Ma pauvre Agathe! ta dernière lettre me fait de la peine. Il semble que tu te plaises à creuser le précipice sous tes pas. Tâche de t'interroger dans le calme de la raison, et de te voir de sang-froid. Chaque jour ajoute à ton délire. Tu ne prévois pas les maux que tu te prépares. Imite plutôt celui-là même qui est la cause innocente de ton égarement d'esprit. Vois, et tu en conviens toi-même, vois avec quelle prudence il s'éloigne de tous les objets capables de le rappeler à sa malheureuse passion. Je t'en conjure, ne te flatte pas; c'est précisément la pureté de ta flamme qui en augmente la chaleur. Je craindrais beaucoup moins pour ton repos, si tu avais choisi un sujet indigne de toi; ce ne serait que l'erreur d'un moment. Crains d'en avoir pour toute la vie. Ne badine pas avec les passions. D'abord nos jouets, elles finissent par devenir nos tyrans. Une seule réflexion pourrait suffire pour te rappeler à ta tranquillité première. Si quelqu'un me demandait: Que faites-vous de votre amie? que fait Agathe? Dis, mon Agathe, qu'aurais-je à répondre? Il me faudrait donc, pour être vraie, dire: «Mon amie est devenue amoureuse d'un prêtre.»
Cela seul devrait te faire ouvrir les yeux. Un prêtre n'est plus un homme pour une femme. Pense à cela; ne reste point à Paris; accours dans mes bras: c'est là ta place. Donne-moi ta personne en garde; je t'en rendrai fidèle compte. Tu es mon trésor: que j'en sois la dépositaire! Mon mari me demande toujours quand nous te verrons, et je suis obligée de mentir toujours en lui disant: «La bonne maman est malade.» Ah! c'est bien plutôt ma pauvre Agathe qui l'est, et qui l'est si fort, qu'elle ne veut pas guérir. Adieu, mauvais sujet. Que de chagrins je prévois pour toutes deux!