ZOÉ À AGATHE.
Ma chère et malheureuse Agathe! je vais t'apprendre une nouvelle qui te fera, je n'en suis que trop certaine, beaucoup moins de peine qu'à moi. Je devenais une prêcheuse qui aurait fini par te paraître importune. Rassure-toi; te voilà délivrée de mes sermons, à mon grand regret; car je ne puis cesser de t'aimer et de te plaindre. Enfin, il faut donc te dire que mon mari, qui désirait tant voyager, a obtenu une assez belle place dans une de nos colonies, bien par delà les mers, et il faut que nous partions sur-le-champ. Je n'aurai pas le temps d'attendre ta réponse à cette lettre; le ministre de la marine presse notre départ. À dix mille lieues de mon Agathe, je saurai toujours bien lui écrire: mais que de chances et de retards éprouveront mes lettres! Que n'ai-je pu dissuader mon mari! Ton sort, ma toute bonne amie, m'alarme véritablement. Je te laisse à la merci de toi-même, sans conseil, sans amie. Jure-moi, dans le fond de ta belle âme, de penser à ta Zoé, et à toutes les promesses que tu lui as faites. Adieu; je t'embrasse, le cœur serré. Quand recevrons-nous de nos nouvelles? quand nous reverrons-nous? Dans ma première missive, j'espère pouvoir te désigner le lieu où tu m'adresseras tes chères lettres. Ah! mon amie! seulement trois jours de délai; et bon gré malgré, je t'emmenerais avec nous. Adieu, la moitié de mon âme.