AGATHE À ZOÉ.
Zoé! vous méconnaissez votre amie. Mes fautes vous donnent-elles le droit d'être injuste à mon égard, et d'outrager l'amitié? En suis-je réduite à vous apprendre que votre dernière lettre m'a frappée au cœur? En la lisant, je me suis cru abandonnée de toute la terre. Zoé! mon amie! la sage Zoé, qui était ma providence, mon refuge, vogue en ce moment par delà les mers; c'était tout ce qui pouvait m'arriver de plus sinistre. Je ne répondrai pas à tes sarcasmes; ou, pour t'en faire repentir, voici ce que j'imagine. Zoé, transplantée au-delà des mers, n'en sera pas moins présente à mon esprit; je continuerai de lui écrire, comme si elle était toujours à sa campagne. Mon illusion sera loin d'être complète, puisque je ne recevrai plus de tes nouvelles. N'importe; je me ferai un devoir de te consulter à l'avenir, comme par le passé. Tu seras ma seconde conscience. Dès ce soir, je commence le journal de ma vie, et il te sera adressé; je te dirai mes fautes; je me rappellerai tes conseils, et Dieu fera le reste. Voici ce que j'imagine de mieux pour te convaincre, et de mon attachement, et du cas que je fais de ton estime et de ton amitié. J'aime à penser que nous nous reverrons; tu me retrouveras digne encore de me dire l'amie de cœur de Zoé.