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La guerre de Troie n’aura pas lieuScène XIV

La guerre de Troie n’aura pas lieu
Chapitre 25 / 25

Scène XIV

ANDROMAQUE, CASSANDRE, HECTOR, ABNÉOS,
puis OIAX, puis DEMOKOS
Hector.

Tu étais là, Andromaque ?

Andromaque

Soutiens-moi. Je n’en puis plus !

Hector.

Tu nous écoutais ?

Andromaque

Oui. Je suis brisée.

Hector.

Tu vois qu’il ne nous faut pas désespérer…

Andromaque

De nous peut-être. Du monde, oui… Cet homme est effroyable. La misère du monde est sur moi.

Hector.

Une minute encore, et Ulysse est à son bord… Il marche vite. D’ici l’on suit son cortège. Le voilà déjà en face des fontaines. Que fais-tu ?

Andromaque

Je n’ai plus la force d’entendre. Je me bouche les oreilles. Je n’enlèverai pas les mains avant que notre sort soit fixé…

Hector.

Cherche Hélène, Cassandre !

Oiax entre sur la scène, de plus en plus ivre. Il voit Andromaque de dos.
Cassandre

Ulysse vous attend au port, Oiax. On vous y conduit Hélène.

Oiax

Hélène ! Je me moque d’Hélène ! C’est celle-là que je veux tenir dans mes bras.

Cassandre

Partez, Oiax. C’est la femme d’Hector.

Oiax

La femme d’Hector ! Bravo ! J’ai toujours préféré les femmes de mes amis, de mes vrais amis !

Cassandre

Ulysse est déjà à mi-chemin… Partez.

Oiax

Ne te fâche pas. Elle se bouche les oreilles. Je peux donc tout lui dire, puisqu’elle n’entendra pas. Si je la touchais, si je l’embrassais, évidemment ! Mais des paroles qu’on n’entend pas, rien de moins grave.

Cassandre

Rien de plus grave. Allez, Oiax !

Oiax, pendant que Cassandre essaie par la force de l’éloigner
d’Andromaque et qu’Hector lève peu à peu son javelot.

Tu crois ? Alors autant la toucher. Autant l’embrasser. Mais chastement !… Toujours chastement, les femmes des vrais amis ! Qu’est-ce qu’elle a de plus chaste ta femme, Hector, le cou ? Voilà pour le cou… L’oreille aussi m’a un gentil petit air tout à fait chaste ! Voilà pour l’oreille… Je vais te dire, moi, ce que j’ai toujours trouvé de plus chaste chez la femme… Laisse-moi !… Elle n’entend pas les baisers non plus… Ce que tu es forte !… Je viens… Je viens… Adieu. Il sort.

Hector baisse imperceptiblement son javelot. À ce moment Demokos fait irruption.

Demokos.

Quelle est cette lâcheté ? Tu rends Hélène ? Troyens, aux armes ! On nous trahit… Rassemblez-vous… Et votre chant de guerre est prêt ! Écoutez votre chant de guerre !

Hector.

Voilà pour ton chant de guerre !

Demokos, tombant.

Il m’a tué !

Hector.

La guerre n’aura pas lieu, Andromaque !

Il essaie de détacher les mains d’Andromaque qui résiste, les yeux fixés sur Demokos. Le rideau qui avait commencé à tomber se relève peu à peu.

Abnéos.

On a tué Demokos ! Qui a tué Demokos ?

Demokos.

Qui m’a tué ?… Oiax !… Oiax !… Tuez-le !

Abnéos.

Tuez Oiax !

Hector.

Il ment. C’est moi qui l’ai frappé.

Demokos.

Non. C’est Oiax…

Abnéos.

Oiax a tué Demokos… Rattrapez-le !… Châtiez-le !

Hector.

C’est moi, Demokos, avoue-le ! Avoue-le, ou je t’achève !

Demokos.

Non, mon cher Hector, mon bien cher Hector. C’est Oiax ! Tuez Oiax !

Cassandre.

Il meurt comme il a vécu, en coassant.

Abnéos.

Voilà… Ils tiennent Oiax… Voilà. Ils l’ont tué !

Hector, détachant les mains d’Andromaque.

Elle aura lieu.


Les portes de la guerre s’ouvrent lentement. Elles découvrent Hélène qui embrasse Troïlus.


Cassandre.

Le poète troyen est mort… la parole est au poète grec.


Le rideau tombe définitivement.
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