La Jangada (1881) raconte la longue descente du fleuve Amazone entrepris par le riche planteur brésilien Joam Garral et toute sa famille à bord d'un immense radeau flottant, la jangada, aménagé en véritable village flottant pour transporter toute la récolte et la maisonnée jusqu'à la ville de Belém où doit se célébrer le mariage de sa fille Minha. Mais le voyage bascule dramatiquement lorsque Joam Garral, arrivé à destination, est arrêté et reconnu comme étant en réalité un ancien évadé injustement condamné vingt ans plus tôt pour un crime qu'il n'a pas commis, rebondissement qui plonge toute la famille dans le désarroi et pousse son gendre, le jeune Manoel, à tout mettre en œuvre pour prouver l'innocence de son beau-père avant l'exécution programmée de la sentence. Verne construit la seconde partie du roman comme une véritable enquête quasi policière autour d'un document codé crypté que seul le véritable coupable, démasqué à la toute fin grâce au déchiffrement méthodique du message, peut expliquer, disculpant ainsi Joam Garral au dernier moment. Le roman offre par ailleurs une description minutieuse et documentée de la géographie, de la faune et des mœurs amazoniennes du XIXe siècle, mêlant comme souvent chez Verne la vulgarisation géographique la plus rigoureuse à une intrigue dramatique haletante, faisant de La Jangada l'un des Voyages extraordinaires les plus riches en couleur locale sud-américaine. Prépublié dans le Magasin d'éducation et de récréation tout au long de l'année 1881 avant sa parution en volume chez Hetzel sous le sous-titre Huit cents lieues sur l'Amazone, le roman, vingt et unième titre des Voyages extraordinaires, est illustré par Léon Benett. Ce roman, qui combine à parts égales le suspense judiciaire et la découverte géographique du bassin amazonien, illustre la capacité de Verne à renouveler constamment la formule de ses Voyages extraordinaires en y intégrant des genres narratifs très différents les uns des autres.