La Petite Roque (1885) donne son titre à un recueil de nouvelles ouvert par le récit éponyme, l'un des textes les plus sombres de Maupassant, qui raconte l'enquête menée après la découverte du corps d'une fillette de douze ans, la petite Roque, violée et assassinée près d'un moulin, crime qui bouleverse tout un village normand et dont le maire lui-même, rongé peu à peu par une culpabilité insoutenable au fil du récit, se révèle être l'auteur insoupçonné, poussé à ce geste par une pulsion incontrôlable qu'il ne parvient jamais à s'expliquer entièrement à lui-même. Maupassant construit ce récit comme une plongée psychologique glaçante dans la conscience du coupable plus que comme une enquête policière classique, montrant comment le remords et la peur d'être découvert rongent méthodiquement cet homme par ailleurs respecté et intégré dans sa communauté, jusqu'à un aveu final obtenu presque malgré lui. Le recueil rassemble par ailleurs plusieurs autres nouvelles emblématiques de la maturité de l'auteur, mêlant à nouveau veine réaliste la plus noire et exploration psychologique du crime et de la culpabilité, dans la lignée du Horla et de ses autres explorations de la folie et de l'inconscient. Par sa noirceur et sa lucidité clinique sur les mécanismes de la culpabilité criminelle, ce texte préfigure certains aspects du roman policier et du thriller psychologique moderne, genre dans lequel Maupassant, sans jamais l'avoir théorisé comme tel, a laissé une empreinte durable. Le recueil, dont les dix nouvelles ont toutes paru en presse entre décembre 1885 et mai 1886, est publié en volume chez Victor Havard en mai 1886 et rassemble, aux côtés du récit-titre, des textes comme Mademoiselle Perle et Le Père Amable, illustrant la diversité des registres explorés par Maupassant à la même période. Ce recueil confirme, à mi-parcours de la décennie 1880, la place de Maupassant parmi les nouvellistes français les plus prolifiques et les plus lus de son temps.