La Religieuse (1796, posthume) raconte, sous la forme des mémoires rédigés par la narratrice Suzanne Simonin, le calvaire d'une jeune fille contrainte contre son gré par sa famille à entrer au couvent, faute de dot suffisante pour un mariage convenable, et qui subit dans plusieurs monastères successifs les persécutions les plus cruelles de la part de supérieures tyranniques ou perversement affectueuses, jusqu'à des scènes d'une violence psychologique et physique alors inédites dans la littérature française sur l'enfermement conventuel. Diderot, profondément hostile à l'enfermement forcé et à l'absence de liberté de conscience que représentait selon lui la vie monastique imposée sans réelle vocation, avait initialement conçu ce texte comme une mystification épistolaire destinée à faire revenir un ami absent à Paris en simulant la correspondance d'une religieuse en détresse réelle, avant de développer cette fiction en un roman à charge d'une noirceur implacable contre l'institution conventuelle. Le roman multiplie les épisodes destinés à choquer et à alerter l'opinion sur les abus de l'enfermement religieux forcé, entre sadisme institutionnel, ambiguïté trouble de certaines relations entre religieuses, et démarches judiciaires vaines de l'héroïne pour faire casser des vœux qu'elle n'a jamais choisis librement, dénonçant frontalement l'arbitraire d'un système qui prive des femmes entières de toute liberté de choisir leur propre destin. Publié seulement après la mort de Diderot en raison de sa charge critique jugée trop explosive, ce roman reste l'un des réquisitoires les plus virulents des Lumières contre l'enfermement religieux forcé et l'absence de consentement. Diderot avait initialement rédigé les premières lettres de cette correspondance fictive pour faire revenir à Paris son ami le marquis de Croismare, mystification épistolaire si convaincante que celui-ci y crut réellement pendant plusieurs mois avant que Diderot ne développe la supercherie en roman à part entière. Ce roman, dont la première publication complète n'intervient qu'en 1796, soit douze ans après la mort de Diderot, ne fut connu de son vivant que d'un cercle restreint d'intimes ayant eu accès au manuscrit.