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Classiquesen Ligne

VILe Français, langue universelle

L’opinion de Max Nordau.


Oui, il y a une langue universelle qui a fait ses preuves. Écoutons la leçon donnée à l’internationalisme espérantiste par le Dr Max Nordau, dont l’opinion n’est point suspecte.

« Je crois à la nécessité d’une langue universelle pour l’élite de l’humanité.

» Étant l’instrument de relation de l’élite, elle doit être capable d’exprimer les plus fines nuances d’un penser compliqué, hautement différencié, personnel et entièrement moderne.

» La langue qui répond à cette condition, existe ; elle a été universelle pendant au moins deux siècles ; il n’y a pas de raison pour qu’elle ne continue pas de l’être ; elle est latine, mais d’une latinité vivante qui n’a pas cessé d’évoluer depuis la chute de l’Empire romain ; sur sa prononciation il n’y a pas de doute ; elle s’appelle la langue française.

» Rivarol a très bien exposé, en 1784, les raisons pour lesquelles le français a été adopté comme instrument de communication par tous les peuples civilisés. Ces raisons n’ont pas changé ni cessé d’agir. Pour garder son fier privilège séculaire, le français n’a qu’à continuer d’être clair et souple, de produire des chefs-d’œuvre de littérature, philosophie et science, et d’exprimer les plus nobles idées de justice, de fraternité et de progrès. Il ne pourra déchoir de son premier rang que si les adeptes de l’écriture « artiste » parviennent à le déformer, à le corrompre, à le rendre biscornu et opaque. Mais alors ses clients étrangers ne se tourneront pas vers le Latin ; ils adopteront ou l’Anglais ou l’Allemand. (Le Latin, langue internationale, passim, enquête de M. J. René Aubert).


M. Bonnet, professeur à l’Université de Montpellier déclare en réponse à la même enquête de M. J. René Aubert :

» Je ne suis pas partisan d’une langue artificielle, comme le volapuk, l’esperanto, ou toute autre combinaison du même genre.....

» Pour diverses raisons pratiques et théoriques, je donnerai la préférence à l’une des langues vivantes et naturelles. Il en est deux que leurs qualités propres et le nombre de savants qui déjà les lisent sans trop d’effort désignent entre toutes ; c’est l’anglais et le français. Entre les deux c’est le français qui selon moi remplit le mieux toutes les conditions. »

Et M. Michel Bréal :

« Il faut apprendre :

1o Le français ; 2o l’anglais.

Avec cela on est sûr de se faire entendre partout. »

(ibid).

M. Casartelli, évêque de Salferd :

« Je ne crois pas du tout en une langue artificielle comme le volapück et l’esperanto »

(ibid).

Madame Rachilde :

« Mais il y a une langue universelle, Monsieur, c’est la langue française.  »

(ibid).

M. Théodore Gartner, professeur à l’université d’Innsbruck :

« Propager, faciliter, encourager l’enseignement des langues française, allemande, anglaise et italienne, soulager le séjour des jeunes étrangers au milieu de ces quatre nations — c’est ce qu’il nous faut faire au xxe siècle. Voilà mon avis. »

(ibid).

M. S. Consoli, prof. Catane :

« Le rôle de langue universelle pour les peuples civilisés peut seulement être rempli, non par une langue ancienne cristallisée, ni par une langue artificiellement formée comme le volapük, mais par une langue vivante, qui, en progressant avec la civilisation, soit à même d’exprimer la pensée moderne : et à telles fins pourrait répondre, si je ne me trompe pas, la langue française ou l’anglaise. »

(ibid).

Ces réponses prises, au hasard, dans une enquête qui ne visait pas l’esperanto, répondent suffisamment aux énumérations de noms illustres qui soutiennent l’esperanto et que le Dr Zamenhof et ses complices ne manquent jamais de jeter à la tête des profanes ou des catéchumènes.

Oui, il y a une langue universelle qui est encore celle de la diplomatie, des postes et des télégraphes, et des réunions élégantes, à travers le monde. Il y a une langue qui a, pour la défendre, les plus grands noms de l’humanité, la plus glorieuse des traditions, la langue qui va de Rabelais à Barrès et à Pierre Louÿs, la langue de Racine, de Pierre Corneille, de Bossuet, de La Bruyère, de La Fontaine, de Mme de La Fayette, de Voltaire, de Rousseau, de Renan, de Mérimée, de Michelet, de Chateaubriand, de Hugo, de Musset et de Fromentin. C’est la langue française, la même qui retentit par dessus le fracas des armes, aux heures de l’héroïsme militaire, la même qui préside à la discussion des traités fixant le sort des peuples, la même qui flotte autour de la beauté de Bérénice, pâmée aux feux de la rampe, la même qui sonne au bois des tribunes populaires d’où s’envola, sur l’avenir et l’univers, la liberté, la même enfin, la même surtout qui a traduit les sanglots et les joies, toutes les délices et toutes les révoltes de la passion et la même qui caresse le mieux le cœur mouvant des amoureuses.....

C’est elle qui a fait le tour du monde, toujours victorieuse, quel que fût le drapeau, tricolore, ou d’azur aux trois fleurs de lys d’or, qui abritât sa lumineuse beauté.....

C’est elle qui, fille de Rome, ayant adapté pour s’en parer toute la douceur des idiomes gaulois, donna aux idées directrices de la civilisation leurs expressions les plus parfaites et les plus hautes. Et c’est elle, la langue des élites qu’on voudrait oublier ou détrôner au profit d’un idiome artificiel, inutile, inesthétique, ridicule et qui cache mal ses ambitions politiques !

Et c’est pour cela, pour que nous demeurions vainqueurs, que tous les jeunes écrivains doivent s’unir, car l’heure est sombre et la sottise nous envahit, « c’est l’assaut des demi-bêtes émergentes. »


Et c’est pour cela aussi qu’il nous faut souhaiter, qu’il faut hâter l’heure où sur l’horizon latin, pour la défendre, la belle abandonnée qu’il faut aujourd’hui protéger, elle qui protégea si longtemps, se dressera l’épée du consul ou la palme du poète ; l’heure où apparaîtra le chevalier vainqueur des monstres de la caverne, celui-là qui voudra, qui pourra faire incliner, autour du char de l’Andromède délivré, les têtes nues de ses vassaux et alors nous serons tous là, nous qui l’avions plainte sans la pouvoir secourir, pour lui faire cortège et pour lui faire honneur, à la belle, à la divine, à l’incomparable, parée de toutes les gemmes du passé, et toujours jeune, éternellement, parce qu’elle a à la fois toute la jeunesse et toute la beauté…

Puis, pareille à la victoire symbolique repoussant du pied nu le carêne fruste, moulée dans ses voiles et sculptée au vent de l’avenir, elle pourra gravir, la tête haute, les trois marches de marbre et, debout au parvis du temple que lui bâtirent les génies de notre race, elle sera étincelante et triomphante, car elle est toute notre sagesse, notre double passé héroïque et sanglant, car elle est la France…


Paris, 2 Septembre 1907.


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Imp. L. LHEN, 22, Rue du Four Paris
  1. Nicole traduisit les Provinciales en latin pour les vulgariser, Milton écrivait en latin les pamphlets qu’il destinait à l’Europe entière.
  2. En corrigeant les épreuves de cet opuscule, nous avons eu connaissance de l’admirable, spirituel, scientifique et vibrant article de M. Léon Daudet au Gaulois du 4 septembre 1907. « ..... Toute langue de formation artificielle et volontaire manque d’âme et par suite de principe vital. Elle conviendrait à des automates. Elle ne peut s’adapter à des humains que comme une curiosité, comme une vogue ».

    Après avoir présenté l’argument provincialiste, M. Léon Daudet signale l’hypocrisie des esperantistes et leurs menées sournoises dans le domaine des idées. — Signalons aussi un courageux article de M. G. Ernest-Charles (au Gil-Blas), malgré l’accusation portée contre Mistral qui ne se justifie point. À ce propos rappelons qu’un Critique italien proposait récemment le provençal comme langue universelle.

  3. Cf. Jean-René Aubert. Le latin comme langue internationale. (Enquête de la Revue littéraire de Paris et de Champagne, 1906). Paris, Bib. de l’Association, 91, rue Lecourbe.
  4. Le professeur Beermann d’Erfürt vient de fonder (Août 1907) une nouvelle langue : Le NOVILATIN.
  5. Il est surtout compliqué. Voici la façon de compter l’heure :

    » Quelle heure est-il ? Kioma horo estas ? Il est 3 heures maintenant. Nun estas la tria horo (la 3me heure). — Il est 3 heures 5. Estas kvin minutoj de la kvara ou 5 minutoj post la tria. — Il est 3 heures 1/4. Estas kvarono de la kvara. — Il est 3 heures 25. Estas dudek-kvin minutoj de la kvara ou 25 minutoj post la tria. — Il est 3 heures 1/2. Estas duono de la kvara. — Il est 4 heures moins 26. Estas tridek-kvin minutoj de la kvara ou 35 minutoj post la tria. — Il est 4 heures moins le quart. Estos tri kvaronoj de la kvara. — Il est 4 heures moins dix. Estas kvindek minutoj de la kvara ou 50 minutoj post la tria. — Il est 4 heures. Estas la kvara.

    Avec la première façon de compter, on considère toujours l’heure commencée (la 4me ici) et l’on dit : 10 minutes, un quart, 5 minutes, une demie, 35 minutes, trois quarts, 50 minutes de la quatrième heure (qui commence dès que la troisième a sonné) et l’on finit en disant 4 heures, c’est-à-dire 4 heures achevées, la quatrième heure achevée. Texte synthétique des expressions de l’Esperanto, par L. de Beaufront, page 13.

  6. Les socialistes politiciens, sont favorables à l’esperanto, pourtant !.....
  7. Il est évident que s’il est difficile, il n’a pas de raison d’exister…
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