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§ 4. — Les éléments collectifs des croyances religieuses.

Depuis quelques années, les sociologues insistent beaucoup sur le côté collectif des religions. Voici longtemps déjà, j’avais montré ce caractère, à une époque où il était fort méconnu. Mais ce serait une erreur de ne voir dans les religions que leur aspect collectif. Elles sont, je le répète, des créations à la fois personnelles et collectives. Personnelles, puisqu’on rencontre le plus souvent à leur base un créateur : prophète ou apôtre dont l’action est prépondérante. Collectives, non seulement parce qu’elles dérivent habituellement de croyances antérieures plus ou moins générales, mais surtout parce qu’une religion se transforme en arrivant dans les foules. Malgré les rites et les symboles qui fixent les formes extérieures de la croyance, un abîme existe, nous le verrons bientôt, entre la foi populaire et celle des livres sacrés.

Les croyances religieuses sont encore collectives parce que le succès des apôtres dépend évidemment de l’acceptation générale de leurs doctrines. Elles ne se répandent qu’à la condition de correspondre aux aspirations et aux besoins du moment. C’est pourquoi les prophètes et les réformateurs, bien qu’innombrables dans l’histoire, fondèrent peu de religions durables. Ceux qui réussirent, comme Bouddha et Mahomet, apparurent au moment précis où une transformation des croyances antérieures devenait nécessaire.

Les dogmes nouveaux se propagent alors au moyen de la suggestion et de la contagion mentale et subissent très vite les changements nécessités par les besoins auxquels ils doivent répondre.

Les modifications qu’apportent aux religions les influences collectives étant très importantes, nous leur consacrerons un chapitre spécial. Toute religion peut se définir : une œuvre individuelle devenue collective en se transformant.