§ 3. — Éléments rationnels des croyances religieuses.
Les éléments rationnels n’ont joué aucun rôle dans la genèse des dieux. Quand les croyants essaient de justifier leur foi par des raisons, les religions sont déjà constituées.
Bien que les arguments soient sans influence sur la foi, les théologiens ont toujours été de grands raisonneurs. Confinés dans le cycle de la croyance et n’en pouvant sortir, ils tentèrent cependant de rationaliser des conceptions dont le peu de fondement leur apparaissait quelquefois.
Pendant tout le Moyen Age, les scolastiques firent d’énormes efforts pour concilier la philosophie néoplatonicienne et la logique d’Aristote avec les croyances chrétiennes. Ils espéraient découvrir des raisonnements invincibles afin d’y appuyer leur foi. Saint Anselme, par exemple, était convaincu « qu’il existe des raisonnements qui briseraient la superbe des Juifs et des hérétiques ». Il les chercha sans succès.
Pas plus à cette époque qu’aujourd’hui, les papes ne voyaient d’un très bon œil ces prétentions de la raison. Grégoire IX au XIIIe siècle assurait « que ces théologiens raisonneurs, étaient gonflés d’esprit de vanité ainsi que des outres ». Saint Thomas lui-même, quelque temps après sa mort en 1274, était violemment attaqué par l’Université de Paris et, en 1276, l’évêque de Paris condamnait formellement ses doctrines.
A leur point de vue, les papes n’avaient pas tort : le propre de la vraie foi est d’accepter les dogmes sans discussion.
Ces tentatives rationnelles furent au surplus toujours très vaines. Les dissertations d’un grand génie comme Pascal servirent uniquement à montrer combien il était chimérique d’entreprendre de rationaliser la foi.
On a fini par y renoncer. Les théologiens eux-mêmes reconnaissent volontiers maintenant que jamais la raison ne saurait justifier la foi. Toutes les observations sur la genèse et l’évolution des religions montrent en effet que les certitudes religieuses dérivent non de raisonnements, mais d’éléments affectifs et mystiques. Des arguments rationnels s’y superposent quelquefois, cependant leur influence sur les croyances est généralement nulle.