§ 1. — Les premiers cultes supposés de l’humanité. Fétichisme, Totémisme, Animisme, etc.
Les seules conjectures formées sur les premiers cultes de l’humanité dérivent de l’étude des religions chez les sauvages actuels. Suivant certaines idées, peu défendables au point de vue psychologique, on crut d’abord les religions primitives constituées par le fétichisme et l’animisme. Les historiens les font précéder maintenant d’une sorte de culte appelé totémisme, caractérisé par ce fait que divers clans sauvages se désignent sous des noms d’animaux ou de végétaux.
Les abondantes dissertations des sociologues n’ont guère réussi à découvrir dans le totémisme un culte primitif spécial. Rien en effet ne le distingue nettement du fétichisme. Le totem, qu’il soit animal, plante, ou objet inanimé, paraît bien avoir constitué simplement le signe de ralliement d’une tribu devenu ensuite son fétiche. On peut le comparer aux images figurant sur les bannières et les écussons des chefs guerriers de tous les temps. Loin d’avoir été une religion, le totémisme représente un domaine que la religion n’envahit qu’assez tard.
L’animisme, également séparé du fétichisme par les historiens, nous semble s’y rattacher étroitement. Impossible de croire que le plus inintelligent des sauvages ait jamais adoré une pierre ou un morceau de bois s’il ne les avait supposés doublés d’esprits invisibles. La seule distinction, assez problématique d’ailleurs, pouvant être établie entre le fétichisme et l’animisme serait que dans ce dernier les esprits, au lieu de rester fixés sur l’objet, s’en trouveraient indépendants et pourraient circuler à leur gré.
Un fétiche est parfois individuel, mais le plus souvent collectif. Le totémisme, dont nous parlions à l’instant, représente un fétichisme collectif.
L’homme moderne s’imagine entièrement dégagé du fétichisme et parle de ce culte avec dédain. Cependant sa vie en est pleine. Beaucoup de libres penseurs ont foi dans les présages, les porte-bonheur, l’influence du chiffre 13, et nombre de superstitions du même ordre. Les croyants les plus monothéistes en apparence ne doutent pas de la vertu des reliques, des médailles, de l’action curative des sources miraculeuses et des pèlerinages. Les ex-voto ornent en aussi grande quantité les murs des églises modernes que les anciens temples de la Grèce et se révèlent inspirés par une mentalité identique.
Qu’il s’agisse d’animisme, de fétichisme, ou d’une religion quelconque, les rites et les sacrifices jouèrent toujours, nous l’avons dit plus haut, un rôle essentiel. Chez les peuples déjà avancés en civilisation : Grecs, Romains, Égyptiens ou Juifs, les rites étaient minutieusement réglés. Le Lévitique renferme de nombreuses prescriptions relatives aux cérémonies. Parmi elles figuraient les sacrifices expiatoires pratiqués par la plupart des peuples. Jehovah ne cessait d’en réclamer. Ce dieu féroce, aux goûts plébéiens, se réjouissait de l’odeur de la viande brûlée. Pour se concilier ses faveurs, Salomon fit égorger en une seule fois d’immenses troupeaux de bœufs.