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§ 4. — La propagation du christianisme chez les lettrés.

Cette propagation s’expliquerait facilement si l’on se reportait seulement à l’époque où la religion chrétienne ayant gagné le peuple et l’armée, les empereurs jugèrent d’une politique sage d’en faire le culte officiel. Mais bien avant cette légalisation, le christianisme s’était répandu dans la société lettrée. Quelles furent les causes de sa diffusion ?

On ne peut les saisir nettement, sans considérer tout d’abord que le fait d’adopter une religion nouvelle, si grave pour un homme moderne, ne présentait aucune importance pour un Romain. Il ajoutait facilement, en effet, des dieux à son panthéon, sans pour cela changer de religion. Les empereurs eux-mêmes étaient fort éclectiques sur ce point. Hadrien faisait élever des sanctuaires à tous les dieux. Alexandre Sévère avait dans son oratoire les images des plus importantes divinités, y compris celle du Christ. Dans l’Olympe, déjà si peuplé, avaient pris place, après les conquêtes romaines, une foule de dieux nouveaux. Les cultes de l’Égypte et de la Perse se répandaient progressivement. Parmi eux figuraient déjà des divinités à tendance monothéiste et surtout Mithra, le dieu soleil de la Perse, dont plusieurs empereurs se montraient les adorateurs fervents.

Mais la prétention des chrétiens de faire de leur Dieu l’unique maître du ciel, rendait son adoption difficile. Elle avait besoin d’être préparée par une évolution mentale conduisant à envisager tous les anciens dieux comme les formes diverses d’une même divinité, idée existant depuis longtemps dans plusieurs religions de l’Orient.

Cette notion se généralisait de plus en plus au début de notre ère. Le polythéisme universel évoluait progressivement vers un monothéisme théorique. Le Dieu des chrétiens en fut la concrétisation.

Le christianisme n’offrait, en réalité, rien de nouveau aux lettrés. D’une part, en effet, il comportait le Dieu unique dont l’idée s’acceptait de plus en plus, et, de l’autre, il se trouvait saturé d’éléments orientaux : rites, cérémonies et mystères adoptés depuis longtemps.

Outre les facteurs que nous venons d’indiquer, une des plus importantes causes de triomphe pour le christianisme fut son irréductible intransigeance.

En ajoutant seulement un Dieu nouveau à tant d’autres, il aurait fini, ainsi que plus tard le bouddhisme, par être noyé dans les anciens cultes et serait devenu une simple secte. Considérant au contraire son Dieu comme unique et appliquant l’épithète de démons à toutes les autres divinités, il ne pouvait transiger avec elles.

La foi ardente de ses adeptes lui permit du reste de combattre facilement des dieux mal défendus par une foi affaiblie.