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§ 1. — Les hérésies et les schismes.

Toutes les grandes religions monothéistes : islamisme, christianisme, bouddhisme notamment, fourmillent de schismes et d’hérésies qui les font plus ou moins évoluer et quelquefois disparaître.

Il faut en rechercher la cause principale dans les divergences de mentalité et de nécessités sociales chez les fidèles soumis à une même foi et aussi le besoin de raisonner.

La foi est d’abord acceptée en bloc par contagion mentale sans l’intervention d’aucune influence rationnelle. Mais comme en acquérant une foi on ne perd pas pour cela le désir de raisonner, le croyant trouve toujours quelque côté accessoire, susceptible de nouvelles interprétations. S’il possède un tempérament d’apôtre, il propage ces interprétations et un schisme ou une hérésie naissent bientôt.

Schismes et hérésies furent nombreux dans l’histoire du christianisme et portèrent sur les sujets les plus variés. Marie était-elle seulement la mère du Christ, ainsi que le prétendait Nestorius et non la mère de Dieu ? Comment expliquer par la désobéissance du seul Adam la damnation du genre humain ? etc.

La plupart de ces schismes et hérésies eurent comme conséquence d’immenses carnages. Pour convaincre les Cathares que le Dieu de l’Ancien Testament n’était pas le diable, le pape Innocent III prêcha contre eux en 1208 une croisade qui ravagea le Midi et amena la destruction de villes florissantes, notamment Béziers et Carcassonne. Il fallut massacrer également des milliers de personnes pour démontrer aux fidèles que le Saint-Esprit procède à la fois du Père et du Fils et non du Père seulement, que le baptême ne doit pas se faire par immersion totale, que la communion exige du pain azyme et non du pain levé, que le signe de la croix doit être fait avec un doigt et non avec deux, etc.

Si les sujets de controverses se montraient importants les massacres l’étaient également. Quand les anabaptistes proclamèrent la nécessité de rebaptiser les enfants devenus adultes, cette prétention, qui nous semblerait assez anodine aujourd’hui, parut si effroyable qu’il en résulta une guerre violente où furent exterminés sans pitié 150.000 hérétiques.

La vie humaine ne comptait guère pour les défenseurs de la foi et la férocité leur semblait une vertu méritant récompense. Les vrais convaincus sont toujours implacables. Quand Torquemada eut fait brûler 6.000 personnes, il réclama comme rétribution de son zèle un chapeau de cardinal.

Schismes et hérésies représentèrent le plus souvent des crises aiguës de mysticisme. Telle sous Louis XIV, l’hérésie des Camisards des Cévennes qui, fanatisés par leur foi, tinrent tête pendant deux ans à trois maréchaux et à de vaillants corps d’armée.

Le quiétisme, le jansénisme, le culte du Sacré-Cœur, etc. résultèrent de crises du même ordre. Ce dernier culte fut fondé par une hystérique un peu folle, Marie Alacoque, qui dans une vision vit le Christ prendre son cœur et lui donner le sien en échange. L’Église institua bientôt une fête pour perpétuer l’événement et prononça en 1864 la béatification de l’auteur de la révélation. On n’a pas oublié qu’une assemblée de graves députés déclara d’utilité publique en 1871 la construction à Montmartre d’une basilique où devait être adoré le Sacré-Cœur. Le monument qui domine la grande ville contribuera à montrer aux générations futures l’importance du rôle des hallucinés dans l’histoire.

De tels accès de mysticisme s’observent indifféremment dans les pays musulmans, catholiques ou protestants. Chez ces derniers éclatent fréquemment des réactions dites réveils religieux, extériorisés par la création de sectes nouvelles.

J’ai montré au cours d’un autre ouvrage l’influence des accès de mysticisme dans les révolutions et les croyances politiques.

« Le concile de Nicée, écrit justement Daniel Berthelot, semble loin de nous ; les disputes entre ariens et nestoriens et les bûchers élevés à propos d’un mot ou d’une virgule des Livres Saints sont des fantômes du passé, n’est-ce pas ? Lisez les querelles quasi théologiques des partisans de l’esperanto ou de l’ido, les comptes rendus de leurs conciles, le Syllabus du pape de Varsovie, les anathèmes des orthodoxes ; contemplez l’exaltation des hérésiarques et les combats furieux de ces sectes ennemies pour un tréma ou pour une consonance, et félicitez-vous que le temps des autodafés soit passé ! »

Je ne crois pas qu’il soit passé. Sans doute la Révolution guillotina ses hérétiques au lieu de les brûler, mais le progrès n’était guère appréciable. Si les socialistes et les francs-maçons n’adorent pas le Sacré-Cœur de Marie Alacoque, ils ont leurs credos, leurs conciles, leurs pontifes, leurs excommunications. Nous ignorons quels moyens d’extermination ils emploieraient à l’égard de leurs adversaires en cas de triomphe. On peut seulement être certain de cette extermination.