§ 5. — Le christianisme comme création collective.
Ici se termine notre bref exposé de l’évolution philosophique du christianisme. En parlant de ses origines, nous avons cru inutile d’examiner la question si discutée aujourd’hui de l’existence réelle de son fondateur. Que le Christ ait vécu ou non, il n’y eut sûrement aucune analogie entre l’humble prophète galiléen et le Dieu de la légende adoré par les hommes depuis deux mille ans.
Le Christ divinisé que les fidèles implorent est une création collective, puisque sa personne et ses doctrines mirent plusieurs siècles à se constituer avec les débris de divinités et de croyances antérieures. Le Dieu de nos cathédrales est une de ces divinités synthétiques, comme Minerve, Hercule ou Vénus, qui incarnèrent les vertus, les besoins, les aspirations des peuples. Tous ces dieux ne furent que des personnifications d’idées issues de nos sentiments. Adorer une divinité n’est bien souvent qu’adorer ses rêves et par conséquent s’adorer soi-même.
Tous les dieux de l’humanité surgirent des régions inconscientes de l’âme collective, où la raison ne pénètre pas, c’est pourquoi ils dominèrent toujours la pensée des hommes et orientèrent les grandes civilisations. La logique rationnelle est impuissante contre ces indestructibles maîtres. Elle nous conseille parfois d’anéantir leurs temples sans songer qu’une logique plus haute nous obligera peut-être un jour à les rebâtir.