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§ 2. — Les éléments des nouvelles croyances.

La formation de ces croyances nouvelles s’accomplit au moyen du même mécanisme. Un visionnaire réunit autour de lui quelques apôtres qui propagent ses révélations par suggestion et contagion mentale.

D’abord flottante, la doctrine révélée se fixe bientôt en dogmes. Elle possède alors pour appui, comme toutes les religions, ces trois grandes colonnes mystiques : la foi, les rites et les symboles.

Dès qu’elle est un peu répandue, la croyance ainsi constituée se subdivise le plus souvent en sectes qui lui ôtent son unité et ne lui permettent guère de durer. Cette ramification en sectes arrêta l’extension d’un grand nombre de cultes.

Les principes exposés dans un précédent chapitre ont montré que la plupart des religions nouvelles ne sont pas formées de toutes pièces, mais avec les débris de croyances antérieures. Ce fait dérive de cette raison psychologique très simple que les croyances ne meurent jamais brusquement. Il leur faut parfois la durée de plusieurs générations pour disparaître et après leur évanouissement elles laissent des survivances ineffaçables dans l’esprit. Certains rites, certains mots, certaines prières d’un usage séculaire évoquent encore, même chez les plus sceptiques, une foule d’aspirations et de sentiments enfouis au fond de l’inconscient. Sans doute alors la foi n’est plus continue, mais elle se réveille dans les grandes circonstances, à l’heure de la mort, par exemple, pour les individus et à celle des catastrophes pour les peuples. On le vit d’une façon frappante en France, aux jours de détresse qui suivirent la guerre de 1870. Les députés de cette époque exaucèrent un vœu de la nation entière en votant, afin d’obtenir l’appui du ciel, la construction d’une grande cathédrale. La foule affluait alors dans les églises. Elle y entendit des moines de foi forte et d’intelligence faible lui recommander pèlerinages et prières et représenter nos défaites comme une vengeance du ciel contre les impies. Ce langage d’un autre âge étant peu apte de nos jours à relever un peuple, demeura sans influence. Correspondant à des besoins plus modernes, le socialisme put alors entreprendre de se substituer à la foi ancienne et tenter de fonder une religion à son tour.