Aller au contenu principal
Classiquesen Ligne

§ 1. — Les conceptions de la vérité chez les philosophes rationalistes de l’antiquité.

Les idées émises par les philosophes sur la notion de vérité sont peu nombreuses. Depuis trois mille ans, ils ne firent le plus souvent, que répéter les mêmes théories. Le résumé de leurs conceptions le montre facilement.

Il peut sembler téméraire de vouloir exposer en quelques pages l’histoire des divers systèmes philosophiques, mais si leur architecture est souvent compliquée, les principes formulés restent toujours très brefs. Ces systèmes sont comparables aux temples gigantesques de l’Inde formés d’une série d’immenses enceintes concentriques. Au milieu se trouve un tout petit sanctuaire contenant l’image du dieu redouté. Les grandes enceintes qui l’enveloppent ne servent qu’à entourer la divinité de prestige.

Négligeant les enceintes qui servent d’ornements aux temples de la pensée philosophique, peu de pages nous seront nécessaires pour dégager les conceptions qu’elle s’est formées de la vérité dans le cours des âges.

Plusieurs siècles avant Jésus-Christ, Héraclite d’Éphèse enseignait que les phénomènes se présentent dans un écoulement perpétuel[11], un devenir éternel. Pour lui les choses ne sont pas, elles deviennent. C’est exactement ce que devaient répéter plus tard Hegel et divers philosophes contemporains.

[11] La célèbre citation d’Héraclite πάντα ῥεῖ (tout s’écoule) résume bien sa pensée, mais je n’ai pu la trouver dans les fragments qui nous sont restés de ce philosophe.

Anaximandre soutenait que tous les êtres dérivent d’animaux plus anciens, par des transformations successives. La théorie actuelle de l’évolution n’enseigne pas autre chose.

Parménide déclarait que nous connaissons non la réalité, mais seulement des apparences. Protagoras disait : « Ce que l’homme appelle vérité, c’est toujours sa vérité, c’est-à-dire l’aspect sous lequel les choses lui apparaissent. En dehors de cette conception personnelle, aucune vérité n’existe. » Kant ne fit que développer ces propositions.

Démocrite croyait, comme plus tard Leibniz, que rien n’existe dans notre intelligence qui n’ait d’abord été dans nos sens. La réalité se trouve ainsi pour chaque individu constituée uniquement par ce que ses sens lui révèlent.

Les penseurs modernes ajoutèrent évidemment d’importants développements aux principes qui précèdent, mais sans modifier les idées fondamentales. Il est même fort remarquable que, privé du secours de l’expérience, l’esprit humain ait pu aller aussi loin.