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Classiquesen Ligne

§ 1. — L’explication scientifique des phénomènes.

En pénétrant dans le cycle de la connaissance scientifique des phénomènes, nous allons aborder un monde entièrement nouveau. Méthodes d’étude, interprétations, résultats, tout va changer. Nous verrons l’homme enfin sorti de lui-même acquérir un pouvoir immense sur la nature qui pendant de longs siècles l’avait étroitement asservi.

Les certitudes religieuses, philosophiques et morales étudiées précédemment étaient personnelles. Fondées sur notre adhésion, elles ne possédaient guère que des éléments affectifs et mystiques pour soutiens. Dépendant des idées d’un moment, elles suivaient leurs variations.

A ces vérités personnelles les méthodes de la science substituèrent des vérités impersonnelles vérifiables par chacun et qui échappent ainsi aux contestations. Le contrôle scientifique permit à l’esprit humain de passer du subjectif à l’objectif.

L’explication des phénomènes par les philosophes appartenait bien, comme celle de la science, au cycle du rationnel. Mais leur raison s’exerçant sur des vues de l’esprit déduites d’observations qu’aucune expérience ne venait contrôler, leurs conceptions restaient toujours subjectives. La science seule fit pénétrer l’homme dans une sphère purement objective dont la théologie et la philosophie avaient ignoré l’existence.

La connaissance réelle du monde ne fut ébauchée qu’avec l’acquisition de méthodes d’observation et d’expérimentation rigoureuses. Les débuts de cette évolution remontent à l’époque de la Renaissance.

Les premières études scientifiques des phénomènes portèrent un coup sérieux aux explications théologiques en montrant le monde régi par des lois fixes où le caprice de volontés supérieures n’intervenait jamais.

Le développement progressif de cette notion conduisit la science à des conceptions nouvelles. Renonçant à obtenir de ses dieux des explications qu’ils ne lui donnaient pas, l’homme se tourna de plus en plus vers la science, qui devint ainsi pour beaucoup une idole de laquelle on pouvait tout attendre.

Il ne faut lui demander cependant que ce qu’elle peut donner. La science présente en effet ce double caractère un peu déconcertant, de résoudre des problèmes formidables et de rester impuissante devant des questions en apparence très simples. Elle découvre la vapeur et l’électricité, soumet à nos besoins les forces de la nature, mais ne peut dire encore pourquoi le gland devient chêne, pourquoi la pierre lancée en l’air retombe, pourquoi le bâton de cire frotté attire les corps légers. Le domaine scientifique est plein d’interrogations demeurées sans réponses.

Cette contradiction entre l’extrême puissance et l’extrême impuissance s’évanouit dès que l’on comprend les méthodes de la science, son but, ses limites, en un mot le mécanisme d’édification de la connaissance.