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Classiquesen Ligne

§ 3. — Le passage du qualitatif au quantitatif. La mesure des relations entre les phénomènes.

La véritable connaissance des phénomènes remonte seulement à l’époque où la science acquit un langage traduisant des relations numériques dégagées de toute appréciation personnelle. Elle y réussit en passant du qualitatif au quantitatif.

Une science n’est constituée qu’après cette évolution. La psychologie et l’histoire, n’ayant pu encore l’effectuer, restent vagues, imprécises et sujettes à des interprétations contradictoires.

L’observation la plus simple montre immédiatement l’abîme qui sépare les évaluations qualitatives et quantitatives d’un phénomène. Dire qu’un corps est lourd, froid ou chaud, c’est énoncer une impression pouvant varier avec les individus, ou suivant l’état physiologique d’un même individu. Traduire par un chiffre le poids ou la température de ce corps, c’est soustraire l’observation à toute interprétation personnelle.

Le savant accroît sa connaissance du monde, ou plutôt des relations entre les choses, à force de multiplier ces mesures, ou les définitions précises qui, dans les sciences biologiques, équivalent un peu à des mesures. Il prévoit le cours des astres, en découvre la composition, lit dans les vestiges des êtres leur histoire passée et agrandit immensément ainsi le cycle de ses représentations mentales, cycle si étroit pour les hommes qui nous ont précédés.

Le but essentiel de la science, celui qu’elle poursuit avec le plus d’opiniâtreté, est donc d’établir des relations quantitatives entre les phénomènes. Le quantitatif représente l’âge de la sensation raisonnée, le qualitatif, la période de l’obscur instinct. Le quantitatif régit l’univers et en contient l’explication.