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Classiquesen Ligne

§ 4. — Les limites supposées du connaissable.

Le bref exposé qui précède résume ce que nous savons de l’édifice de nos vérités scientifiques et des méthodes permettant de le construire. Il paraît actuellement à peine ébauché, alors qu’autrefois on le croyait bâti pour toujours, parce que notre science est devenue plus pénétrante et plus précise. Ses ambitions se montrent d’ailleurs beaucoup moins grandes aujourd’hui que jadis. En présence d’une immensité encore presque ignorée, éclairée seulement par de fugitives lueurs, le savant ne peut plus songer à ces grandes synthèses qui tentèrent les philosophes de tous les âges.

Incapables de comprendre actuellement le monde dans son ensemble, nous devons en étudier d’abord de petits fragments. Avant de découvrir la raison première d’un seul phénomène, il faudra connaître la longue série de ses raisons successives. Le sujet est trop vaste pour les limites actuelles de notre intelligence. L’histoire d’un corps quelconque, celle d’un simple caillou, par exemple, impliquerait la connaissance complète de tous les mystères de l’univers.

De cette impuissance, nous ne conclurons pas, avec beaucoup de philosophes, qu’il y ait des choses inconnaissables, mais seulement qu’il en existe beaucoup encore inaccessibles à notre connaissance. Si les théories de l’inconnaissable avaient jamais exercé une influence quelconque sur la marche de la science, tous ses progrès auraient été paralysés. Nous avons déjà rappelé qu’Auguste Comte rangeait parmi les choses inconnaissables, dont il devenait inutile de s’occuper, la composition chimique des étoiles que l’analyse spectrale révéla plus tard. Du prétendu inconnaissable d’aujourd’hui sera formé sans doute le connaissable de demain.

Les découvertes modernes montrent qu’il est impossible de tracer des bornes à la science et de l’enfermer dans un cercle de prétendues vérités jugées nécessaires. On arrive toujours à reconnaître, d’abord que ces vérités ne sont pas nécessaires, et ensuite qu’elles ne sont pas vraies.

Quoi qu’il en soit des limites actuelles de la science, ses découvertes ont certainement donné à l’homme une domination de la nature qui finira sans doute par égaler celle attribuée à ses anciens dieux. Les forces prodigieuses maniées par le savant moderne lui confèrent un pouvoir déjà supérieur à celui des divinités de la mythologie antique.