Le Chancellor (1875) se présente sous la forme du journal de bord tenu par J.-R. Kazallon, l'un des passagers embarqués à bord du trois-mâts anglais le Chancellor, qui appareille de Charleston en Caroline du Sud à destination de Liverpool le 27 septembre 1869, sans savoir que ce voyage en apparence ordinaire va rapidement virer au cauchemar : le capitaine Huntly, dont les facultés mentales se révèlent progressivement défaillantes, doit céder son commandement à son second, tandis qu'un incendie se déclare dans la cargaison du navire, provoquant une succession de catastrophes en cascade, tempête, naufrage puis dérive prolongée sur un simple radeau de fortune où les naufragés survivants, réduits à la dernière extrémité par la faim et la soif, en viennent jusqu'à envisager le cannibalisme pour survivre. Verne y développe, en s'inspirant directement du tragique naufrage réel de La Méduse qui avait bouleversé l'opinion publique française plusieurs décennies auparavant, un huis clos maritime d'une noirceur et d'un réalisme inhabituels pour son œuvre habituellement plus optimiste sur les capacités humaines à triompher de l'adversité par l'ingéniosité et la science. À travers le regard lucide et parfois glaçant du narrateur Kazallon, consignant scrupuleusement au jour le jour la dégradation progressive de la situation et des rapports humains entre les naufragés, Verne offre une méditation sombre sur les limites de la solidarité humaine et sur la sauvagerie qui peut resurgir chez l'homme le plus civilisé lorsque la survie la plus élémentaire est en jeu. Par sa noirceur inhabituelle et sa forme de journal de bord tenu jour après jour, Le Chancellor reste l'un des romans les plus sombres et les plus psychologiquement éprouvants de tout le cycle des Voyages extraordinaires. Ce roman reste aujourd'hui l'un des plus dramatiques et des plus psychologiquement sombres de tout le cycle des Voyages extraordinaires. L'inspiration directe du naufrage de la Méduse, déjà immortalisé par le célèbre tableau de Géricault, confère à ce roman une résonance tragique particulière pour le lecteur français du XIXe siècle.