Scène XIII
sur le Spectre par la fenêtre. Il fait jour.
Tombé ?
Oui.
Sanglant, meurtri, défiguré !
Qui donc ?
Bernard ! lui !
Mais oui, moi ! Ne m’avez-vous pas mis le signal ?
Non, ce n’est pas lui, c’est un fantôme !
Oui, oui, le fantôme ! Bernard n’est plus, voyez ! Vois, Francine, il est là, brisé… Celui dont tu tiens la main est un spectre !
Non ! je la tiens bien, sa main fidèle et honnête ! Ma mère a prié pour lui, et pour toi aussi, pauvre drac ; tu vas être délivré, j’en suis sûre !
Non.
Le drac ! Bernard ! un double !
Ne regarde pas, Bernard !
Il n’y est plus, le rêve s’est évanoui au premier rayon du soleil. Le soleil ! il vient, il monte, il dissipe les terreurs de la nuit, et, jusqu’à ce soir, je ne peux plus les évoquer !…
Sors d’ici, maudit !
Laissez, laissez-moi ! Pour aujourd’hui, je suis assez châtié : mon pouvoir s’est tourné contre moi-même, et j’ai été le jouet du spectre qui devait m’obéir ; mais vous ne pouvez rien contre moi, vous autres, et, chaque nuit, je viendrai troubler vos fêtes et empoisonner vos joies. Le premier-né de votre amour m’appartient. Je troublerai sa raison, je lui prendrai son âme ! Francine, tu pleureras sur un berceau, tu pleureras des larmes de sang !
Malheureux !… Tiens, va-t’en !
Ton vœu, Bernard ! (Le Drac tombe à demi, comme épuisé.)
C’est vrai, oui ; mais voyez donc comme il devient pâle ! Ses yeux se perdent…
Est-ce qu’il va, est-ce qu’il peut mourir ?
Non, c’est cette âme embrasée qui s’échappe… Le corps veut lutter, il luttera… Qu’est-ce donc ? La mer m’appelle !… Non, je ne veux pas ! Je resterai ici… Je… Ô terre, retiens-moi ! Je ne suis pas vengé ! Ah ! le soleil ! Rayon terrible !… Pitié !… La mer !… Dieu ! (Il fuit.)