Scène XIV
Il s’enfuit, il nous quitte… il s’envole, on dirait… oui. Mon Dieu, comme il change de figure !
Je ne le reconnais plus : c’est comme un ange !
Non, c’est un nuage.
Non, c’est une vapeur.
Et ce n’est plus rien !
Rien ? Si fait, c’est une âme qui a péché et qui souffre ! Prions pour elle. (Elle s’agenouille. André aussi.)
Dieu du ciel, toi qu’es si grand et si fort, des pauvres gens comme nous autres, ça ne sait rien de rien ! mais ça te connaît par ta bonté. J’ai fait un vœu tout à l’heure, qui était de pardonner, même au diable ; mais peut-être bien que, le diable, c’est une idée que nous avons, et peut-être que, l’enfer, c’est notre mauvaise tête et notre mauvais cœur ! Que ça soit ça ou autre chose, t’es là pour nous guérir, et tant qu’à pardonner, ce que j’ai fait, t’es pas embarrassé pour le faire !… Grâce, mon bon Dieu, grâce pour l’esprit de la plage !
Oui, c’était un bon esprit qui voulait faire le mal et qui ne le pouvait pas ! Grâce pour lui, mon Dieu, et pour cette pauvre maison où l’on t’aime !
Bonté, lumière… ô mes ailes d’or, ô mon âme pure, je vous retrouve !
Ah ! écoutez donc comme la brise de mer chante doux ! on dirait des paroles !
Vague charmante, récifs superbes ! bons pêcheurs… amis, frères ! fraîcheur du matin, doux réveil ! travail, amour, innocence ! ô liberté ineffable !…
Est-ce lui qui chante comme ça ?
Bonheur à toutes les créatures ! Francine, bonheur à toi ! Tu m’as rendu mes ailes…
Écoutez.
Francine, sois à jamais bénie !
Ah ! ne craignez plus rien. Mon père, ma femme, nous nous aimerons tant, que tous les esprits du ciel et de la terre seront pour nous !
- ↑ Il eût fallu, pour arriver à la couleur locale, faire parler à mes personnages ou leur dialecte ou leur accent méridional, dur comme le rocher et ronflant comme la bourrasque. Je suis loin de faire fi d’une harmonie si bien caractérisée ; mais tous les lecteurs n’eussent peut-être pas été aussi dociles que moi à recevoir cette impression d’un milieu particulier. J’ai pu faire accepter quelquefois une imitation assez fidèle du langage vieux français des paysans du centre ; mais le drac est une tradition provençale, et je n’avais autre chose à faire que de m’en tenir à la manière de s’exprimer la plus familière et la plus répandue en France dans toutes les classes du peuple. On ne me fera donc pas, j’espère, de critique pédante si mes personnages populaires se permettent toutes les incorrections qui leur sont naturelles. J’ai cherché le contraste soutenu entre le lyrisme et la trivialité. Si on me le reproche, je rappellerai aux critiques que les artistes ont quelquefois le droit de répondre : « Je l’ai fait exprès. »