Le Dragon Impérial (1869) transporte le lecteur dans la Chine impériale à travers une intrigue de cour mêlant amour, pouvoir et intrigues de palais, dans laquelle Judith Gautier déploie l'érudition sinologique acquise lors de la composition du Livre de jade pour restituer avec un souci d'exactitude rare pour son époque les mœurs, les costumes et les protocoles de la cour chinoise ancienne. Ce roman s'inscrit dans la veine orientaliste qui traverse toute l'œuvre de Judith Gautier, où l'Extrême-Orient n'est pas un simple décor exotique mais l'objet d'une étude sérieuse et passionnée, alors rare chez les auteurs occidentaux de son temps largement plus superficiels dans leur traitement de l'Asie. Le Dragon Impérial confirme la place de Judith Gautier comme la grande spécialiste littéraire française des civilisations d'Extrême-Orient au XIXe siècle, entre roman d'aventures et reconstitution historique documentée. Ce roman s'appuie directement sur l'érudition sinologique acquise par Judith Gautier auprès de son collaborateur Tin Tun Ling lors de la composition du Livre de jade deux ans plus tôt, transformant cette connaissance intime de la langue et de la culture chinoises en matière romanesque à part entière plutôt qu'en simple exercice de traduction poétique. Ce roman confirme la place de Judith Gautier comme la grande spécialiste littéraire française des civilisations d'Extrême-Orient au XIXe siècle, à une époque où la plupart des écrivains occidentaux se contentaient d'un exotisme de surface bien moins documenté que le sien. Ce roman, aujourd'hui moins connu du grand public que Le Livre de jade, mérite d'être redécouvert pour la rigueur documentaire rare qu'il déploie sur un sujet alors traité avec une désinvolture bien plus grande par la majorité des écrivains orientalistes occidentaux de son temps. Il complète ainsi utilement le tableau littéraire dressé quelques années plus tôt dans son premier recueil poétique. Judith Gautier confirme ainsi, roman après roman, sa maîtrise durable du sujet chinois.