Le Livre de jade (1867), publié alors que Judith Gautier n'a que vingt-deux ans, rassemble des poèmes chinois traduits et librement adaptés en français, fruit de son apprentissage du chinois classique auprès d'un lettré chinois exilé à Paris, Tin Tun Ling, qui lui fait découvrir une poésie alors quasiment inconnue du public occidental. Judith Gautier y restitue, dans une prose poétique élégante et sensible, l'atmosphère contemplative et la sensibilité paysagère de la poésie chinoise ancienne, contribuant à faire naître en France tout un courant d'intérêt pour l'Extrême-Orient qui influencera directement les Parnassiens et plus tard Claude Debussy, admirateur déclaré de ce recueil. Fille de Théophile Gautier, elle démontre avec ce livre une indépendance et une érudition orientaliste remarquables pour une jeune femme de son époque. Le Livre de jade reste le texte fondateur de la sinologie poétique française et l'œuvre la plus durablement admirée de Judith Gautier. Publié sous le pseudonyme masculin de Judith Walter, choix éditorial fréquent chez les femmes de lettres de l'époque soucieuses d'être jugées sur leurs seuls mérites littéraires, le recueil connaît un succès immédiat qui révèle au monde littéraire cette fille de Théophile Gautier alors âgée de vingt-deux ans seulement ; une seconde édition revue et augmentée paraît en 1902. Ce succès contribue directement à faire naître en France tout un courant durable d'intérêt pour la poésie et les civilisations d'Extrême-Orient, dont bénéficieront ensuite les Parnassiens puis les symbolistes, curieux de ces formes poétiques radicalement différentes de la tradition occidentale. Ce recueil demeure aujourd'hui encore considéré comme l'un des tout premiers ponts littéraires sérieux et durables entre les traditions poétiques française et chinoise, en dépit des libertés que Judith Gautier prend inévitablement avec l'exactitude philologique des textes originaux. Ce dialogue précoce entre les deux cultures reste un jalon rare dans l'histoire des échanges littéraires franco-chinois du XIXe siècle.