Scène V
Barbe ?…
J’arrivais justement, monsieur, pour vous l’avouer… Un accident…
Malheureuse ! Je vous avais donné l’ordre de ne jamais entrer ici sans que j’y fusse.
Oui ! monsieur… mais demain c’est la fête de la Présentation de la Vierge, un jour comme un dimanche. Il m’a fallu avancer l’ouvrage de la semaine. Et monsieur est resté absent toute la journée…
N’importe !… Vous ne comprenez donc pas encore ce que c’est pour moi que ces souvenirs d’Elle ? Ma vie est attachée à tous ces objets…
Je comprends bien, monsieur…
Barbe, ne touchez jamais plus aux portraits… Pensez, si la vitre s’était fendue autrement !… Un pastel ! Vous n’y connaissez rien… Mais c’est une poussière de couleur… Elle tient à peine. Le visage aurait pu se défaire entièrement. Et je ne l’aurais plus vu. Et ç’aurait été comme si ma morte mourait encore une fois…
Je le promets à monsieur, pareille chose n’arrivera plus…
Et ceci surtout, Barbe… prenez-y bien garde ! Ses cheveux ! Je les ai mis dans ce cercueil de verre, car cela est mort quand même, puisque c’est d’un mort… et il faut n’y jamais toucher.
Oh ! jamais je n’y toucherai, monsieur. C’est sacré… Et ils me font peur.
Vous avez raison, Barbe. Ils sont quelque chose de la morte qui se continue ici… Pour les choses silencieuses qui vivent autour, dites-vous bien que cette chevelure est liée à leur existence, qu’elle est l’âme de la maison et que d’elle dépend peut-être la vie de la maison !… (Se dirigeant vers Joris qui est assis dans un fauteuil, et lui montrant le coffret de cristal.) Les cheveux aussi sont textuels.
Vraiment ?
L’autre part d’une même chevelure !… Ah ! ces cheveux de l’inconnue, les manier également, les faire flotter dans l’air, comme s’ils n’appartenaient plus à personne, comme s’ils appartenaient à Geneviève !
Alors, vous allez la retrouver ? Moi, il est temps que je rentre.
Attendez. Je vous accompagne. Je me suis décidé. Après tout, je ne vais que voir un portrait plus ressemblant de ma morte. (D’un ton de résolution.) Barbe ?
Monsieur !
C’est convenu. Finissez de ranger ici. Soyez bien prudente. Quant à l’accident, je vous pardonne.
Monsieur est bien bon… Cela n’arrivera jamais plus.
Et achevez, tout à votre aise. Il n’y aura pas de dîner à préparer. Je vais sortir, je ne dînerai pas ici, ce soir…
Ah ! Tiens ! C’est la première fois que cela arrive à monsieur !
Oui, Barbe…