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Classiquesen Ligne

Scène III


HUGHES, BARBE, laquelle achève les préparatifs, met la dernière main à la parure des petites tables.
HUGHES.

Chez nous aussi, il va venir quelqu’un voir la procession, de nos fenêtres…

BARBE.

M. Borluut ?

HUGHES.

Lui, je ne sais pas. Mais une autre personne. Vous l’introduirez vous-même ici… Et comme elle restera peut-être à dîner, vous vous arrangerez en conséquence.

BARBE, toute troublée.

Monsieur m’excusera ; mais je voudrais bien savoir qui monsieur a invité.

HUGHES.

Vous êtes un peu osée, Barbe, de m’interroger ainsi. Vous le saurez quand la personne viendra.

BARBE, d’un air décidé.

N’est-ce pas une dame peut-être que monsieur attend ?

HUGHES.

Barbe !

BARBE.

C’est que j’ai besoin de le savoir d’avance.

HUGHES.

Pourquoi me demandez-vous cela ?

BARBE.

Si c’est une dame que monsieur attend, je ne pourrai pas servir le dîner.

HUGHES.

Qu’est-ce qui vous prend, Barbe ? Je ne vous ai jamais vue ainsi.

BARBE, avec un effort.

Et il faudra même que je parte tout de suite. J’introduirai cette personne ; c’est sans doute celle qui est déjà venue un soir, une seule fois…

HUGHES, impatienté.

Oui ! c’est la même personne…

BARBE.

Je l’introduirai, parce que, sans doute, à compter de ce moment-là seulement il sera nécessaire que je parte. Et, ensuite, je m’en irai…

HUGHES.

Vous êtes folle, Barbe !

BARBE.

Sœur Rosalie me l’a dit… c’est le devoir de ma conscience.

HUGHES.

Ah ! c’est elle qui vous a monté la tête, donné ces absurdes conseils !

BARBE.

Elle a raison. Le péché est le péché. Je ne peux pas y prendre part, aujourd’hui surtout — un jour où j’ai communié, où le sang même de Jésus va passer devant la maison…

HUGHES.

Vous ferez comme vous voudrez. Mais c’est très mal, Barbe, de me quitter ainsi. Voilà cinq ans que vous êtes ici. J’étais très satisfait de vous. Je le proclamais encore, il y a un moment, devant sœur Rosalie elle-même… C’est très mal… J’ai toujours été bon pour vous…

BARBE.

Oh !… oui, monsieur… Mais c’est mon devoir… monsieur me comprend… j’en suis bien triste.

HUGHES, d’un ton affligé.

Barbe, je n’aurais jamais cru cela de vous.

BARBE.

Monsieur est triste aussi ? Ah !… je sais bien, monsieur est malheureux… Et pour une méchante femme… qui le fait souffrir… Je m’explique tout, maintenant… Pauvre monsieur !

HUGHES.

Laissez-moi, Barbe…

BARBE.

Que monsieur m’excuse… Je ne suis qu’une pauvre servante ; mais je suis une femme aussi, et, dans toutes, même dans les vieilles filles comme moi, il y a quelque chose de maternel qui existe et, quand nous voyons un homme souffrir, nous pousse à vouloir le consoler et à lui dire : « Mon enfant ! »

HUGHES.

C’est bien, Barbe… vous êtes bonne. Voilà cinq années, d’ailleurs, que vous me l’avez prouvé. Soyez raisonnable maintenant. Et ne me parlez plus de ce ridicule départ.

BARBE.

Il le faut, monsieur, il le faut.

HUGHES.

Encore !… Vous recommencez !

BARBE, d’un ton insinuant.

Si monsieur veut que je reste, qu’il ne reçoive pas cette personne.

HUGHES.

Ah ! non ! c’en est trop ! Vous devenez vraiment trop exigeante. Je ne vous retiens plus, Barbe.

BARBE.

J’ai dit très franchement à monsieur ce qui était… que je partirais, et même sur-le-champ, dans le cas qu’il sait…

HUGHES, impatienté.

Eh bien, alors, allez-vous en. Allez-vous en tout de suite, car cette dame va arriver… J’en ai assez. Partez, partez !