Scène VIII
Il est encore dans ses mauvais jours… Et vous monsieur Borluut, allez-vous être aimable ?
Cela dépend !…
D’abord, mon portrait… vous y avez renoncé ?
Je vous aurais peinte si mal !… Je me suis défié de mes forces.
Vous vous êtes défié de moi… Pourtant, j’étais très gentille dans votre atelier. Vous, vous aviez toujours l’air embarrassé !… comme maintenant encore.
J’ai peur que Hughes ne vous entende. Il est assez malheureux ! Vous savez bien qu’il a eu de grands chagrins.
Tant pis !… Il m’ennuie. D’ailleurs, je ne sais pas pourquoi j’éprouve un certain plaisir à lui faire du mal.
Vous devriez avoir pitié. Pourquoi n’êtes-vous pas meilleure avec lui ? Je croyais, moi, qu’il y avait dans toutes les femmes un fonds de miséricorde.
Vous ne connaissez pas les femmes, cher monsieur ! Quand elles trouvent un homme qui s’y prête, elles se vengent sur lui de tous les autres.
Vous êtes cruelle.
Non, je suis femme. Et je le suis même vis-à-vis de vous, puisque je continue à vous accabler d’avances parce que vous me repoussez. Si vous vouliez, je ne voudrais plus… Je fais des expériences très drôles, n’est-ce pas ? Vous, surtout, vous êtes très drôle. Vous m’intéressez. Mais que dirait Hughes s’il savait que vous m’avez souvent reçue dans votre atelier, à son insu ?
De grâce, prenez garde… Sur un mot entendu, il pourrait croire que moi, aussi, j’ai pensé à le trahir !
Cela m’amuserait beaucoup. (On entend le bruit de la porte qui va s’ouvrir.) Soyons hypocrites, maintenant…