Chargé par l'ange Ituriel de vérifier si Persépolis mérite la destruction promise à ses habitants corrompus, le Scythe Babouc parcourt la ville et n'y trouve, mêlés à la crasse et à l'injustice, autant de beauté et de vertu. Voltaire clôt ce conte philosophique sur une image restée célèbre : plutôt que de briser la statue faite de tous les métaux précieux et de tous les poisons de la terre qu'on lui présente, Ituriel renonce à punir — car « si tout n'est pas bien, tout est passable ». Publié en 1748, la même année que Zadig auquel il est souvent associé dans les recueils de contes voltairiens, ce texte bref développe une philosophie de la tolérance relative face à l'imperfection humaine, jugeant préférable de composer avec un monde imparfait mais globalement viable plutôt que de céder à la tentation d'une purification radicale et destructrice. Le personnage de Babouc, envoyé enquêter avec un regard extérieur et impartial sur une civilisation qu'il ne connaît pas, permet à Voltaire de développer un procédé narratif de distanciation critique qu'il réemploiera dans plusieurs autres contes philosophiques, notamment L'Ingénu, pour mieux faire ressortir par contraste les travers de la société qu'il observe. Ce conte bref reste aujourd'hui un texte apprécié pour sa formule de conclusion désormais proverbiale, « si tout n'est pas bien, tout est passable », qui résume à elle seule toute une philosophie voltairienne de la tolérance mesurée face à l'imperfection irréductible du monde humain. Ce conte, par sa brièveté et sa clarté démonstrative, reste aujourd'hui l'un des textes voltairiens les plus accessibles pour une première découverte du genre du conte philosophique, avant d'aborder les œuvres plus amples comme Candide ou Zadig. Sa lecture reste aujourd'hui aussi plaisante qu'instructive. Un excellent point d'entrée dans l'univers du conte voltairien. Voltaire y démontre, une fois de plus, sa maîtrise consommée du conte bref.