Scène XI
Oui… c’est le seul parti qui me reste… et j’y suis résolu… Germeuil, personne ne nous entend ?
Qu’avez-vous à me dire ?
J’aime Sophie, j’en suis aimé ; vous aimez Cécile, et Cécile vous aime.
Moi ! votre sœur !
Vous, ma sœur ! Mais la même persécution qu’on me fait, vous attend ; et si vous avez du courage, nous irons, Sophie, Cécile, vous et moi, chercher le bonheur loin de ceux qui nous entourent et nous tyrannisent.
Qu’ai-je entendu ?… Il ne me manquait plus que cette confidence… Qu’osez-vous entreprendre ; et que me conseillez-vous ? C’est ainsi que je reconnaîtrais les bienfaits dont votre père m’a comblé depuis que je respire ? Pour prix de sa tendresse, je remplirais son âme de douleur ; et je l’enverrais au tombeau, en maudissant le jour qu’il me reçut chez lui !
Vous avez des scrupules ; n’en parlons plus.
L’action que vous me proposez, et celle que vous avez résolue, sont deux crimes… (Avec vivacité.) Saint-Albin, abandonnez votre projet… Vous avez encouru la disgrâce de votre père, et vous allez la mériter ; attirer sur vous le blâme public ; vous exposer à la poursuite des lois ; désespérer celle que vous aimez… Quelles peines vous vous préparez !… Quel trouble vous me causez !…
Si je ne peux compter sur votre secours, épargnez-moi vos conseils.
Vous vous perdez.
Le sort en est jeté.
Vous me perdez moi-même : vous me perdez… Que dirai-je à votre père lorsqu’il m’apportera sa douleur ?… à votre oncle ?… Oncle cruel ! Neveu plus cruel encore !… Avez-vous dû me confier vos desseins ?… Vous ne savez pas… Que suis-je venu chercher ici ?… Pourquoi vous ai-je vu ?…
Adieu, Germeuil, embrassez-moi, je compte sur votre discrétion.
Où courez-vous ?
M’assurer le seul bien dont je fasse cas, et m’éloigner d’ici pour jamais.