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Classiquesen Ligne

Scène IV.


CÉCILE, LE COMMANDEUR.
le commandeur, à sa manière.

Cécile, te voilà seule ?

cécile, d’une voix altérée.

Oui, mon cher oncle. C’est assez mon goût.

le commandeur.

Je te croyais avec l’ami.

cécile.

Qui, l’ami ?

le commandeur.

Eh ! Germeuil.

cécile.

Il vient de sortir.

le commandeur.

Que te disait-il ? que lui disais-tu ?

cécile.

Des choses déplaisantes, comme c’est sa coutume.

le commandeur.

Je ne vous conçois pas ; vous ne pouvez vous accorder un moment : cela me fâche. Il a de l’esprit, des talents, des connaissances, des mœurs dont je fais grand cas ; point de fortune, à la vérité, mais de la naissance. Je l’estime ; et je lui ai conseillé de penser à toi.

cécile.

Qu’appelez-vous penser à moi ?

le commandeur.

Cela s’entend ; tu n’as pas résolu de rester fille, apparemment ?

cécile.

Pardonnez-moi, monsieur, c’est mon projet.

le commandeur.

Cécile, veux-tu que je te parle à cœur ouvert ? Je suis entièrement détaché de ton frère. C’est une âme dure, un esprit intraitable ; et il vient encore tout à l’heure d’en user avec moi d’une manière indigne, et que je ne lui pardonnerai de ma vie… Il peut, à présent, courir tant qu’il voudra après la créature dont il s’est entêté ; je ne m’en soucie plus… On se lasse à la fin d’être bon… Toute ma tendresse s’est retirée sur toi, ma chère nièce… Si tu voulais un peu ton bonheur, celui de ton père et le mien…

cécile.

Vous devez le supposer.

le commandeur.

Mais tu ne me demandes pas ce qu’il faudrait faire.

cécile.

Vous ne me le laisserez pas ignorer.

le commandeur.

Tu as raison. Eh bien ! il faudrait te rapprocher de Germeuil. C’est un mariage auquel tu penses bien que ton père ne consentira pas sans la dernière répugnance. Mais je parlerai, je lèverai les obstacles. Si tu veux, j’en fais mon affaire.

cécile.

Vous me conseilleriez de penser à quelqu’un qui ne serait pas du choix de mon père ?

le commandeur.

Il n’est pas riche. Tout tient à cela. Mais, je te l’ai dit, ton frère ne m’est plus rien ; et je vous assurerai tout mon bien. Cécile, cela vaut la peine d’y réfléchir.

cécile.

Moi, que je dépouille mon frère !

le commandeur.

Qu’appelles-tu, dépouiller ? Je ne vous dois rien. Ma fortune est à moi ; et elle me coûte assez pour en disposer à mon gré.

cécile.

Mon oncle, je n’examinerai point jusqu’où les parents sont les maîtres de leur fortune, et s’ils peuvent, sans injustice, la transporter où il leur plaît. Je sais que je ne pourrais accepter la vôtre sans honte ; et c’en est assez pour moi.

le commandeur.

Et tu crois que Saint-Albin en ferait autant pour sa sœur !

cécile.

Je connais mon frère ; et s’il était ici, nous n’aurions tous les deux qu’une voix.

le commandeur.

Et que me diriez-vous ?

cécile.

Monsieur le Commandeur, ne me pressez pas ; je suis vraie.

le commandeur.

Tant mieux. Parle. J’aime la vérité. Tu dis ?

cécile.

Que c’est une inhumanité sans exemple, que d’avoir en province des parents plongés dans l’indigence, que mon père secourt à votre insu, et que vous frustrez d’une fortune qui leur appartient, et dont ils ont un besoin si grand ; que nous ne voulons, ni mon frère, ni moi, d’un bien qu’il faudrait restituer à ceux à qui les lois de la nature et de la société l’ont destiné.

le commandeur.

Eh bien ! vous ne l’aurez ni l’un ni l’autre. Je vous abandonnerai tous. Je sortirai d’une maison où tout va au rebours du sens commun, où rien n’égale l’insolence des enfants, si ce n’est l’imbécillité du maître. Je jouirai de la vie ; et je ne me tourmenterai pas davantage pour des ingrats.

cécile.

Mon cher oncle, vous ferez bien.

le commandeur.

Mademoiselle, votre approbation est de trop ; et je vous conseille de vous écouter. Je sais ce qui se passe dans votre âme ; je ne suis pas la dupe de votre désintéressement, et vos petits secrets ne sont pas aussi cachés que vous l’imaginez. Mais il suffit… et je m’entends.