Le Rire, essai sur la signification du comique (1900) rassemble et développe trois articles qu'Henri Bergson avait d'abord publiés séparément dans la Revue de Paris les 1er février, 15 février et 1er mars 1900, avant de les réunir en un seul volume synthétique consacré spécifiquement au rire provoqué par le comique plutôt qu'au rire en général. Bergson y développe sa thèse centrale, restée depuis célèbre dans l'histoire de la philosophie : ce qui déclenche le rire, c'est la perception d'une forme de mécanique plaquée sur du vivant, un raidissement, une répétition ou une automatisation qui contredit la souplesse et l'imprévisibilité propres à la vie et à la conscience humaines. À travers de nombreux exemples empruntés au théâtre comique, aux mots d'esprit et aux situations de la vie quotidienne, il montre comment le comique naît systématiquement de cette tension entre l'élan vital, fluide et créateur, et la raideur mécanique qui vient l'entraver ou le singer. Bergson choisit délibérément, comme il l'explique lui-même dans son propre avant-propos, de ne pas se livrer à un examen critique exhaustif des théories antérieures du rire, préférant une démonstration directe et progressive de sa propre thèse plutôt qu'un ouvrage démesurément long au regard de l'importance du sujet traité. Ce court essai reste aujourd'hui l'une des théories du rire les plus discutées et les plus citées de toute la philosophie française, référence incontournable pour quiconque s'intéresse à l'esthétique du comique. Cette théorie du « mécanique plaqué sur du vivant » influencera durablement la réflexion esthétique du XXe siècle sur le comique, au théâtre comme au cinéma, où elle continue d'être régulièrement convoquée pour analyser les ressorts du burlesque et de la comédie de situation. Bergson y insiste également sur la dimension fondamentalement sociale du rire, qui ne se produit jamais dans l'isolement complet mais suppose toujours, explicitement ou implicitement, la présence d'autres consciences partageant le même regard critique sur l'automatisme comique observé chez autrui.