Le Taureau blanc (1774), l'un des derniers contes philosophiques écrits par Voltaire alors âgé de quatre-vingts ans, transpose avec une irrévérence facétieuse plusieurs épisodes bibliques dans une fantaisie orientale mêlant la princesse Amaside, éprise d'un taureau blanc qui n'est autre que le roi Nabuchodonosor transformé par un châtiment divin, à une galerie de personnages et de créatures empruntés librement à l'Ancien Testament, serpents parlants, ânesse de Balaam et prophètes de tout poil, traités avec un humour aussi savant qu'irrévérencieux. Voltaire y poursuit, sous une forme encore plus ludique et grinçante que dans ses contes précédents, sa critique de la lecture littérale des textes sacrés et des superstitions religieuses, s'amusant à souligner les invraisemblances et les incohérences des récits bibliques pris au pied de la lettre, tout en évitant soigneusement, par la fantaisie assumée du genre, la censure directe qui aurait immanquablement frappé un pamphlet plus frontal sur le même sujet. Ce conte tardif témoigne de la verve intacte du vieux Voltaire installé à Ferney, toujours aussi mordant contre le fanatisme et la crédulité religieuse malgré son grand âge, et de sa capacité à renouveler sans fatigue apparente les ressources comiques et satiriques du conte philosophique jusqu'aux dernières années de sa vie. Par son irrévérence facétieuse envers les textes sacrés, ce texte reste l'un des plus audacieux de la production tardive de Voltaire. Publié anonymement en 1774, l'année même de la mort de Louis XV, ce conte tardif témoigne de la verve intacte du vieux Voltaire installé à Ferney, où il continue de mener depuis des années son combat contre le fanatisme religieux sans jamais renoncer à la fantaisie et à l'ironie comme armes privilégiées de sa critique. Cette liberté de ton, rendue possible par le détour de la fantaisie orientale et biblique, permet à Voltaire de contourner une censure qui n'aurait pas toléré une critique aussi directe des textes sacrés sous une forme plus frontale.