HISTOIRE NATURELLE DU THÉ.
Avant que nos Botanistes eussent parcouru l’Asie méridionale, on croyait qu’il y avait autant d’espèces de thé qu’il y en a de variétés dans le commerce ; mais on sait aujourd’hui que toutes les sortes de thé que l’on vend en Europe viennent du même arbrisseau thea viridis, que Linné a placé dans sa Polyandrie monogynie, et Ventenat dans la famille des hespéridées[2].
Son nom vient de celui de theh que lui donnent les Chinois, ou de tsjaa, que lui donnent les Japonais.
Linné reconnaît une seconde espèce de thé qu’il appelle thea bohea (thé-bout) ; mais Cels et Jussieu ne le regardent que comme une variété du thé verd[3].
Loureiro admet trois variétés qu’on peut ajouter à celle-ci.
La première est le thé de la Cochinchine.
La deuxième, le thé de Canton, nommé su-choug dans le commerce.
La troisième, le thé à l’huile, parce que ses semences exprimées fournissent une grande quantité d’huile jaunâtre qu’on brûle dans le midi de la Chine.
Dans la province de Fokien les Chinois emploient cette huile en aliment, et dans les peintures siccatives.
Ces variétés diffèrent par le calice de la fleur, le nombre des pétales et la disposition des feuilles.
C’est la feuille seule que l’on conserve pour nos usages domestiques : cette feuille ne s’emploie pas telle que la nature la donne ; son usage serait dangereux, et Kæmpfer, qui a le mieux décrit cette production, assure (Amœn. exot., pag. 606) que le thé frais pris en forte infusion donne des vertiges, des convulsions nerveuses. On lui fait donc subir une dessication complète et une légère torréfaction. C’est dans le degré de cette préparation, dans l’âge de la plante, dans la saison où elle a été récoltée, dans le sol où elle a été cultivée, qu’il faut chercher les causes des légères différences que présentent les dix sortes de thé qu’on trouve chez les marchands et dont voici les noms :
1. Thé impérial.
2. Thé perlé.
3. Thé Heysven supérieur[4].
4. Thé Heysven sekin.
5. Thé-bout, ou bouhi.
6. Thé peko.
7. Thé saot-chaou.
8. Thé pouchoug.
9. Thé toukai.
10. Thé vert.
Le thé impérial porte au Japon plusieurs noms qu’on ne lui conserve pas en Europe, savoir :
Ticki ou Tiki Tsjaa, Too Tsjaa, Bau-Tsjaa.
Dusdsi Tsjaa, Tacké-Sacki Tsjaa.
Les trois premiers noms expriment les qualités de ce thé, supérieur, bonne et médiocre ; les deux derniers sont ceux des lieux où il croît.
Le thé impérial est quelquefois désigné par le mot poudre à canon, parce qu’il est d’usage à la cour de l’empereur de prendre ce thé en poudre délayé dans l’eau chaude.
L’arbrisseau qui donne le thé est toujours verd, il croît à la hauteur de six à sept pieds, dans les plaines basses, sur les collines et les revers des montagnes où règne une température douce ; les terres siliceuses ou purement argileuses ne lui conviennent pas. On le cultive au nord comme au midi de la Chine, ce qui a fait penser qu’on pouvait très-bien l’acclimater en Europe, sur-tout dans les provinces méridionales de la France. Les Anglais en ont quelques pieds en espalier, et même cet arbrisseau a fleuri dans les jardins du duc de Northumberland. Linné qui en avait reçu un pied en Suède, espérait l’y multiplier.
On fait la récolte du thé à deux ou trois époques, selon que les pays sont plus ou moins précoces, c’est-à-dire, à la fin de Février, de Mars et d’Avril. On cueille d’abord les plus petites feuilles ; ce sont les plus précieuses : les plus grandes font le thé commun.
C’est donc principalement sur l’âge des feuilles que se fonde le prix des différentes espèces ; mais le climat établit aussi quelques distinctions. Il est inutile d’entrer dans le détail de la culture de cet arbrisseau.
Thumberg et Kœmpfer dans leurs Voyages, Fougeroux de Bondaroy, dans son Mémoire[5] ne laissent rien à désirer dans cette partie de l’histoire du thé ; mais il est utile de rappeler la méthode de dessication employée par les Japonais et les Chinois.