Les Caprices de Marianne (1833) met en scène Cœlio, jeune homme timide et éperdument amoureux de la belle et inaccessible Marianne, mariée à un vieux juge jaloux, qui charge son ami Octave, séducteur cynique et désabusé, de plaider sa cause auprès d'elle. Mais c'est Octave lui-même, par son esprit brillant et son détachement charmeur, qui finit par éveiller l'intérêt de Marianne, tandis que Cœlio, trop sincère et trop pudique pour se déclarer directement, paie de sa vie ce malentendu sentimental. Musset y esquisse déjà, dans cette courte pièce écrite pour la seule lecture, le motif qui traversera toute son œuvre dramatique : l'incompatibilité entre la sincérité amoureuse absolue et le jeu de séduction mondain, où celui qui aime le plus vraiment est rarement celui qui obtient l'amour. Les Caprices de Marianne reste l'une des pièces les plus étudiées de Musset pour sa construction en miroir entre les deux figures masculines opposées. Publiée le 15 mai 1833 dans la Revue des Deux Mondes avant d'être intégrée au recueil Un spectacle dans un fauteuil, la pièce n'est créée sur scène à la Comédie-Française que le 14 juin 1851, dix-huit ans plus tard, Musset ayant lui aussi renoncé au théâtre joué après l'échec de sa toute première pièce. Cette double vie éditoriale, d'abord texte de lecture puis pièce jouée près de deux décennies plus tard, caractérise l'ensemble du cycle du Spectacle dans un fauteuil auquel appartient également Fantasio, les deux pièces partageant la même méfiance initiale de Musset envers les contraintes de la scène. Cette construction en miroir entre Cœlio et Octave, deux facettes opposées et complémentaires du même désir amoureux, reste considérée comme l'un des dispositifs dramaturgiques les plus aboutis de tout le théâtre romantique français. La mort finale de Cœlio, sacrifié à un malentendu qu'il n'a jamais cherché à dissiper par excès de pudeur, referme la pièce sur une note résolument amère.