Les Grandes Espérances (1860-1861) raconte l'ascension sociale inattendue du jeune Pip, orphelin élevé chez sa sœur tyrannique et son beau-frère forgeron bienveillant, qui reçoit un jour la révélation stupéfiante qu'un bienfaiteur anonyme lui a légué une fortune considérable destinée à faire de lui un gentleman, don qu'il attribue d'abord erronément à la riche et excentrique Miss Havisham, vieille femme aigrie abandonnée le jour même de ses noces qui élève sa pupille Estella dans le seul but de se venger des hommes en la rendant délibérément froide et incapable d'aimer sincèrement, dont Pip tombe pourtant éperdument et douloureusement amoureux. Dickens y développe une réflexion morale et sociale d'une profondeur remarquable sur l'ambition sociale et ses illusions, Pip découvrant progressivement, à mesure que son ascension sociale se heurte à des désillusions cruelles sur l'identité réelle de son bienfaiteur, un ancien forçat qu'il avait aidé enfant plutôt que la richissime Miss Havisham qu'il imaginait, que la véritable noblesse de cœur réside dans la loyauté et la gratitude sincères plutôt que dans le seul statut social et les grandes espérances matérielles qui donnent leur titre ironique au roman. Ce roman, considéré comme l'un des plus accomplis structurellement de toute l'œuvre de Dickens par la précision de sa construction narrative et la profondeur psychologique de ses personnages, notamment l'inoubliable Miss Havisham figée éternellement dans sa robe de mariée jaunie, demeure l'une des œuvres les plus universellement étudiées de la littérature victorienne anglaise sur l'illusion sociale et la véritable valeur morale. Dickens publie ce roman en feuilleton hebdomadaire dans sa propre revue All the Year Round, rythme de parution contraignant qui l'oblige à une concision narrative inhabituelle par rapport à ses romans antérieurs, généralement plus amples et digressifs. Ce roman reste aujourd'hui l'un des plus fréquemment adaptés au cinéma et à la télévision de toute l'œuvre de Charles Dickens.