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Table des matièresChapitre 1 / 3


Les Progrès matériels
de l’Inde anglaise


L’Inde n’a jamais été et ne sera jamais pour l’Angleterre une colonie dans le sens absolu du mot ; jamais les enfans de la race anglo-saxonne ne peupleront les deltas du Gange et de l’Indus. La nature de ses puissantes mains a posé à cette occupation des barrières infranchissables ; si les hommes faits perdent leurs forces sous le climat délétère de l’Inde, l’action en est encore bien plus puissante sur les enfans ou les adultes. Aussi n’est-il pas de famille un peu aisée de la communauté européenne dont les enfans ne soient embarqués pour la mère-patrie au plus tard vers l’âge de trois ou quatre ans. Les moyennes de mortalité des enfans de régiment, les seuls rejetons de race blanche qui s’élèvent dans l’Inde, expliquent assez ces séparations prématurées, mais nécessaires. Le domaine asiatique de la Grande-Bretagne ne sera jamais pour ses maîtres européens qu’une conquête où ils ne pourront maintenir leur pouvoir qu’en conservant les supériorités physiques et morales de leur race sur les races asiatiques. Il n’en est pas moins indispensable pour l’Angleterre de développer les immenses ressources de son empire d’outre-mer, et l’on va essayer ici de donner une idée des progrès qui se sont accomplis dans l’Inde pendant ces quinze dernières années.

Ce n’est en effet que récemment que les intérêts matériels ont préoccupé le gouvernement de l’Inde. Depuis le commencement du siècle jusqu’à l’annexion du Pendjab (1849), les représentans de l’honorable compagnie, voués tout entiers aux questions de politique extérieure, ambition ou nécessité, n’avaient accordé que peu de soin au développement des richesses du pays. L’administration énergique et éclairée de l’illustre marquis de Dalhousie inaugura l’ère des grands travaux publics. La grande route (Great trunk road) qui relie Calcutta à Dehli fut livrée au public en 1851. L’Inde eut le bénéfice d’un réseau complet de télégraphes électriques en 1854, et presqu’en même temps d’une réforme complète et indispensable de l’administration postale. Un système de voies ferrées reliant entre eux les centres de production et de commerce des trois présidences fut mis à l’étude, et avant le départ de lord Dalhousie (1856) des tronçons importans étaient ouverts dans les gouvernemens du Bengale et de Bombay. L’insurrection des cipayes attira sur l’Inde l’attention publique, força de remonter tous les rouages de la machine gouvernementale, et fit plus pour le développement matériel du pays en quelques mois que n’aurait pu le faire un demi-siècle de monotone et paisible prospérité. Le terrible orage dégagea l’atmosphère, rendit possibles ces victoires pacifiques qui pour s’achever n’ont besoin que du concours du capital et de l’énergie de l’Europe sous la protection bienveillante d’un gouvernement honnête et éclairé.