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Classiquesen Ligne

SECTION II.  De la maniere de préparer les couleurs propres au Dessein & au Lavis de l’Architecture militaire & civile.

LE carmin, l’outremer, le vermillon, le bleu de Prusse, se délayent avec de l’eau gommée, en les mêlant avec le bout du doigt dans un petit vase de fayence, ou dans des coquilles, observant que le bout du doigt & le vase ne soient point gras ni malpropres : mais comme le carmin & l’outremer sont assez chers, & que ce qui s’est attaché au bout du doigt est autant de perdu, je me sers, pour délayer ces deux couleurs, d’un bâton d’y voire d’environ trois ou quatre lignes de diamétre, plat aux deux bouts, l’un desquels sert pour le carmin, & l’autre pour l’outremer.

Nota, qu’il faut faire peu de ces deux couleurs à la fois, sur-tout du carmin, parce que chaque fois qu’on le délaye, il noircit, c’est-à-dire qu’il devient comme du sang de bœuf ; & si-tôt qu’on ne s’en sert plus, il faut les ferrer dans la boîte, après les avoir enveloppées d’un papier, attendu que l’air les gâte, & que la poussiere les rend sales.

A l’égard de l’encre de la Chine, on la délaye en frottant le pain avec de l’eau, dans un vase de fayence ou dans une coquille, jusqu’à ce qu’elle soit assez noire pour l’usage qu’on en doit faire, observant aussi d’en faire peu à la fois, & de la serrer, comme nous avons dit, si-tôt qu’on ne s’en sert plus, à cause de la poussiere, qui la rend sale & boueuse. Il y en a qui mettent fondre des morceaux d’encre de la Chine, & qui en font beaucoup à la fois ; mais cette maniere est très-défectueuse, & n’est point suivie, & ceux qui en usent ainsi font connoître qu’ils ne sont pas bien au fait du lavis, parce qu’ayant de l’encre faite pour long-tems, la poussiere qui tombe des planchers, chaque fois que l’on s’en sert, jointe aux atômes dont la chambre est remplie, rendent l’encre limoneuse ; il est donc mieux de faire peu d’encre à la fois ; il en doit être de même des autres couleurs. De plus, l’encre de la Chine préparée de cette maniere, est toujours boueuse, & ne coule pas bien de la plume lorsqu’on tire des lignes.

Pour ce qui est de l’indigo, on le met tremper dans de l’eau gommée, & quand il est fondu, on le broye avec le bout du doigt.

On met fondre aussi la gomme-gutte, mais dans de l’eau non gommée, parce que cette couleur porte sa gomme. On peut encore faire de cette couleur, en frottant le morceau de gomme-gutte dans le vase, ou dans la coquille, avec de l’eau, comme lorsqu’on fait de l’encre de la Chine, & cette maniere vaut mieux.

Enfin le verd-de-gris liquide, ou couleur d’eau, & le bistre, portent aussi leur gomme. Ces deux couleurs étant toujours liquides, on les conserve dans des fioles de verre ; à l’égard du bistre, on en vend de sec dans des coquilles.

Nota, que lorsqu’on a laissé sécher quelque reste de couleur d’eau dans le vase dont on s’est servi pour faire la teinte, on l’en détachera avec du vinaigre, n’étant pas aisé d’en venir à bout avec de l’eau commune.

L’eau gommée se fait avec la gomme Arabique, dont on choisit la plus blanche, afin qu’elle ne gâte point les couleurs. La dose est d’un gros & demi de gomme dans un verre d’eau claire ; on en peut mettre jusqu’à deux gros.