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SECTION IV.  De la maniere de faire le verd-de-gris liquide, ou couleur d’eau, comme aussi le bistre, le verd de vessie, le verd d’iris, & la colle à bouche.

PREMIEREMENT,

Pour faire la couleur d’eau.

PRenez deux onces de verd-de-gris ordinaire, une demi-once de tartre blanc de Montpellier, & gros comme une noisette de gomme Arabique ; mettez le tout en poudre grossiere, dans un pot de terre plombé neuf ; jettez dessus ladite composition trois verres d’eau commune, & la faites infuser sur la cendre chaude, en hyver pendant deux ou trois heures, & en été dans une fiole de verre exposée à l’ardeur du soleil pendant environ quinze jours. Ensuite filtrez la liqueur à travers un papier gris, du plus fin, que l’on ajustera dans un entonnoir de verre sur une bouteille aussi de verre fort, dans laquelle on gardera ladite liqueur, que l’on bouchera bien avec du liége recouvert de cire.

Pour faire le bistre.

Prenez de la suye de cheminée, la plus luisante qu’il sera possible, concassez-la, & la faites infuser dans de l’eau, sur la cendre chaude, tant que la liqueur soit assez haute en couleur, & la filtrez, comme nous l’avons dit pour la couleur d’eau.

Lorsqu’on voudra avoir le bistre sec, on le fera sécher dans des coquilles au soleil, ou au four en hyver quand le pain est tiré, en remplissant la coquille à mesure que la liqueur séche ; & si c’est au four, il faut prendre garde de laisser brûler cette liqueur. On connoitra qu’elle sera assez séche, quand elle sera d’une consistance de cire molle, ou de miel, & non comme de la pierre ; car alors la gomme du bistre étant trop desséchée, il ne peut pas se détremper.

Nota 1o. Qu’il faut que ces liqueurs soient froides lorsqu’on les filtre ; car si elles étoient chaudes, la chaleur ouvrant trop les pores du papier, il passeroit avec la liqueur un fin limon qui ôteroit la beauté de la couleur.

2o. Que si l’on n’avoit pas d’entonnoir de verre, on en feroit un avec un verre commun à boire, de figure conique, & non en culotte de Suisse, en lui ôtant le pied, ensorte qu’il en soit percé ; ce qui est aisé à faire, en mettant un gros fil souffré autour, de l’endroit le plus étroit du verre, auquel on mettra le feu, & lorsque ce fil sera enflammé tout autour, on trempera le pied du verre dans de l’eau froide jusqu’à l’endroit du fil souffré, où il ne manquera pas de se casser net, comme on le souhaite, ou bien on le fera couper par un vitrier.

3o. Et qu’enfin il n’est point absolument necessaire que la suye de cheminée soit luisante, comme nous l’avons dit ci-devant.

Pour faire, le verd de vessie.

Prenez de la graine de noirprun bien mure, & la pilez dans un mortier de marbre ; ensuite exprimez-en le suc à travers un gros linge, & le mettez sécher dans une vessie.

Pour faire le verd d’iris.

Prenez des fleurs d’iris, des plus bleues, ôtez-en la côte, qui est ordinairement blanche, pilez ces fleurs dans un mortier de marbre, en y ajoutant de la poudre d’alun & un peu de chaux en poudre ; tirez ensuite le suc, & le faites sécher dans des coquilles.

Pour faire la colle à bouche.

Prenez une once de colle de Flandre2 la plus claire & la plus blanche, c’est-à-dire la moins jaune, & la mettez tremper pendant dix ou douze heures ; ensuite tirez-la hors de l’eau, & la faites fondre, sur de la cendre chaude, dans quelque pot de terre neuf, & y ajoutez une demi-once de sucre blanc ordinaire, puis la versez dans le creux d’une assiette d’étain ou de fayence, qui sera posée bien de niveau ; & lorsque la colle sera refroidie, on la coupera par tablettes d’environ un pouce de largeur sur toute la longueur qui se trouvera, & l’on fera ensorte qu’elle aye une bonne ligne d’épaisseur. Enfin on enfilera ces tablettes, que l’on mettra sécher à l’ombre.

On pourra, au lieu d’assiette, se servir d’un moule de fer blanc, comme ceux dont on se sert pour les biscuits.

Cette colle est très-commode pour coller quelques feuilles de papier ensemble pour dessiner ; voici comme on s’en sert.

On met un bout de cette colle dans la bouche, on la tient avec les lévres ou les dents, & lorsqu’on sent que la salive est bien gluante, on frotte avec cette colle les deux extrêmités du papier que l’on veut coller, puis on met un morceau de papier blanc dessus l’endroit collé, & l’on frotte dessus avec l’ongle, pour faire prendre la colle, & la faire sécher promptement ; mais cela ne se peut faire que par parties d’environ deux pouces de longueur tout au plus ; & afin que la couture soit bien droite, on colle d’abord les deux bouts, comme nous l’avons dit, ensuite on colle le milieu, puis on va aux deux bouts, ensuite on revient au mi-lieu, & toujours alternativement, pour donner le tems au dernier endroit collé de sécher ; mais il faut que la couture, pour être propre, soit petite, c’est-à-dire de deux ou trois lignes de largeur au plus.