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Classiquesen Ligne

SECTION I.  De quelques définitions.

1. ON dit, faire de l’encre de la Chine, c’est-à-dire frotter le pain on bâton ’encre de la Chine avec de l’eau claire dans quelque coquille ou vase de fayence ; l’eau & le vase doivent être bien propres, sans aucune graisse ni saleté.

2. On dit qu’une ligne est bien nourrie, ou bien quarrée, lorsqu’elle est bien égale dans toute sa longueur, & qu’elle est assez rouge, ou assez noire, soit qu’elle soit grosse ou déliée.

3. ON dit, faire de l’encre de la Chine, liquide que l’eau, & dont le corps est transparent & non opaque, de maniere qu’étant étendue sur quelques traits elle n’empêche pas de les voir.

4. La teinte en noir pour laver les parapets de terre dans les plans qui sont pris au cordon, comme sont les plans en entier sur un pouce pour cent toises, & sur une ligne pour trois toises, ne doit pas être plus foncée en couleur que celle de la pierre de mine, ou crayon noir ; celle en rouge, pour laver la maçonnerie coupée, rompue, ou écorchée, doit imiter la couleur de rose, ou de cerise, qui ne fait que d’achever de rougir ; en jaune, pour laver les mêmes ouvrages en projets, égalera celle de la fleur de navette ou de chou ; & celle en couleur de bois, pour laver les ouvrages de charpente & de menuiserie, ne sera pas plus foncée que celle de la coupe du bois de chêne fraîchement abbatu avec la coignée ; & ces sortes de teintes aussi foncées en couleur que nous venons de les indiquer, seront appellées Teintes entieres.

5. Et lorsque ces teintes ne feront qu’éteindre la blancheur du papier, ensorte pourtant qu’on en puisse connoître la couleur, on les nommera Teintes claires ou foibles, lesquelles seront propres pour laver les mêmes natures d’ouvrages, lorsqu’elles ne seront point coupées, rompues ou écorchées, comme tout ce qui fera façade.

6. La teinte qui sera plus haute en couleur que l’entiere, s’appellera Teinte forte, & c’est de celle là dont on se servira pour tirer des lignes.

Notez que lorsque cette teinte est trop forte les lignes ne le tirent pas nettement, parce que la couleur étant trop épaisse, elle ne coule pas facilement sur le papier, ce qui fait que la ligne est baveuse, c’est-à-dire n’est pas nette.

7. Enfin nous appellerons demi-teinte, celle qui sera entre l’entiere & la foible

8. On dit donner une teinte, & non pas coucher une teinte. On dit aussi passer une teinte.

9. On dit laver un plan ou un profil, & non peindre, ni encore moins enluminer, parce que les couleurs étant aussi liquides que de l’eau, lorsqu’on les employe, il semble effectivement qu’on lave le papier, & de là vient le mot de Lavis, pour signifier l’emploi des couleurs dans l’Architecture militaire & civile.

10. On dit qu’un dessein ou un lavis est dur, lorsque les couleurs ou les teintes sont trop sortes ou trop foncées en couleur ; & & réciproquement on dit qu’il est tendre, quand il arrive le contraire.

11. Adoucir une teinte, c’est en affoiblir ou diminuer la couleur insensiblement à rien d’un côté conservant la force entiers de l’autre côté, comme aux ombres échapées sur les superficies planes ; ou des deux côtés, en conservant la fonte de la teinte dans le milieu, ainsi que sur les superficies convexes, dont l’ombre est produite par le corps convexe même, comme nous l’expliquerons plus au long dans la Section XII.

12. On appelle Ombre coupée, celle qui est égale dans toute son étendue ; & on la nomme Ombre adoucie, ou fuyante, lorsqu’elle diminue insensiblement à rien d’un côté, comme sur les talus ou glacis ; ou même des deux côtés, comme celle qui se fait sur une colonne, & qui est produite par la colonne même ; car si elle étoit produite par un autre corps sur la colonne, elle ne seroit pas adoucie, mais coupée, comme nous le verrons dans la section XII.

13. On dit que certaines choses sont comptées dans l’accompagnement d’un plan en entier, lorsqu’elles sont trop bien arrangées, & plus qu’elles ne le sont ordinairement sur le lieu, comme les terres labourées ; les uns les arrangeant d’une maniere trop réguliere, qui n’est pas par conséquent naturelle, & les autres, pour éviter cette régularité, embarrassent les pièces de terre les unes dans les autres, d’une maniere qui n’est point non plus naturelle, & qui fait un mauvais effet, comme nous l’expliquerons plus au long dans l’article des terres labourées. Section I. troisiéme Partie.

14. Dans le plan d’une ville, on appelle Canton, ou plutôt Isle des maisons, un espace isolé des rues, lequel est occupé de bâtimens ; & dans les grandes villes, plusieurs isles ensemble & contiguës composent ce qu’on nomme Quartier, lequel porte ordinairement le nom de la plus grande rue, ou celui de la Paroisse ou de l’Eglise la plus connue dans le quartier.

15. On appelle aussi Quartier dans un corps de casernes, toutes les chambres qui sont à droite & à gauche de l’escalier qui communique à ces chambres.

16. On entend par l’Emplacement d’un bâtiment, tout le terrein que l’édifice doit occuper.

17. On appelle Plan en Géométrie, toute superficie à laquelle on peut appliquer la régle sur tous sens ; mais en fait de bâtiment & de tous autres ouvrages, Plan est la trace de l’emplacement d’un édifice, qui en fait voir la distribution dans toute son étendue ; on y connoît aussi l’épaisseur des murs : ou bien Plan est la section horizontale d’un édifice.

18. On dit Fragment de Plan, pour signifier une partie d’un plan.

19. Les murs qui terminent un bâtiment se nomment la Cage du bâtiment. On dit aussi la cage d’un escalier, pour signifier les murs qui le renferment.

20. On appelle Façades y les superficies extérieures qui terminent un édifice élevé sur son plan. Ces façades peuvent être inclinés à l’honzon, comme au revêtement des terrasses ; & cette inclinaison est ce qu’on appelle Talut ; ou bien elles sont perpendiculaires, comme dans les bâtimens civils3, où elles fervent à faire voir leur hauteur de celles de leurs parties, comme les portes & les fenêtres. Ces façades fervent aussi à faire voir les Ordres d’Architecture & leurs ornemens lorsqu’il y en a.

21. On appelle Coupe, les Desseins qui font voir les parties du dedans d’un édifice ou de tout autre ouvrage ; ou bien c’est la section d’un édifice par un plan vertical : cette coupe sert aussi à faire voir la hauteur de chaque étage dans les bâtimens ; & les lignes de contour de ces Desseins, tant celles qui marquent les épaisseurs des murs que celles qui terminent les saillies des corniches de l’édifice, forment ce qu’on nomme Profil. On appelle encore Profil, tout ce qui est vû de côté.

22. Les desseins qui représentent un édifice élevé sur son plan, ensorte qu’on en voit toujours deux faces, s’appellent Elévations, & la perspective dont on se sert pour ces sortes de desseins, est nommée Perspective cavaliere.

23. On dit que les parties d’un dessein se détachent les unes des autres, lorsqu’il paroît qu’elles s’éloignent chacune suivant leur degré, ce qui est l’effet des ombres & des diminutions de teintes données à propos.

24. Dans l’Architecture militaire on entend par le mot de Place une ville fortifiée, & les parties de la fortification, comme les bastions, les demi-lunes, les chemins couverts, & autres semblables 5 sont appellés Ouvrages.

25. On nomme Ligne de talut, celle qui marque la distance qu’il y a de l’aplomb du sommet d’un revêtement au pied dudit revêtement. Cette ligne doit être toujours très-déliée.

26. Les plans, les profils, les élévations & les facades, sont nommées en général, Desseins.

27. Quoique le pente du dessus d’un parapet & d’un glacis de chemin couvert soit à peu près la même, on dit cependant, la Plongée d’un parapet, & le Glacis d’un chemin couvert.

28. Décrasser un Dessein, c’est après en avoir mis les lignes au crayon & à l’encre de la Chine ou au carmin, passer une mie de pain rassis, pour en ôter les traits du crayon.