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SECTION VI.  Des instrumens, & des autres choses nécessaires pour le dessein de l’Architecture militaire & civile, & d’un chassis à verre. Planches 14. 2. & 3.

LES instrumens les plus nécessaires sont le compas, la régle, l’équerre, le rapporteur, le porte-crayon, le porte-eguille, ou piquoir, un chassis à verre, & les pinceaux. Comme ces instrumens sont assez connus, on ne s’arrêtera pas à en donner les figures, si ce n’est de quelques-uns, pour faire voir comme ils doivent être faits pour être plus commodes & d’un meilleur usage, & enfin pour faire voir ce qu’on peut ajouter à quelques autres pour les mêmes raisons.

Il faut donc au moins deux compas de cuivre, l’un de six pouces, & l’autre de quatre, tous deux à l’Allemande, & à pointes changeantes, dont une sera à l’encre, l’autre en porte-crayon, qui sera à charniere, afin que le compas étant beaucoup ouvert, l’on puisse mettre le crayon à plomb sur le papier, par le moyen de la charniere.

On pourra mettre le petit compas de quatre pouces dans un étui, avec un porte-crayon à coulans, aussi de quatre pouces qui sera à huit pans. Cet étui sera très-commode à porter dans la poche, & beaucoup plus utile que le porte-crayon qui renferme un compas qui se met à vis, parce que celui-ci ne peut pas avoir de pointes changeantes.

Notez que le porte-crayon à coulans doit renfermer un piquoir.

On pourra encore avoir un porte-rayon à ressort, qui se pousse par les deux bouts, pour porter aussi sur soi dans un étui particulier ; mais il faut qu’il soit de cinq pouces de longueur sur quatre lignes de grosseur hors d’œuvre, afin qu’on y puisse mettre un crayon d’un pouce de longueur. Il sera bon encore qu’il soit à huit pans, sur l’un desquels les pouces seront marqués, donc un sera divisé en lignes.

Nota. Que la petite fosse ronde que l’on fait à la pointe à l’encre des compas pour l’emplir d’encre, est un abus, parce qu’il est impossible que l’encre y puisse tenir un seul moment, sans tomber tout d’un coup dans la canelure, & de là sur le papier, où elle fait ce qu’on appellé pâté en écriture ; cette petite fosse est donc absolument inutile.

Le porte-éguille, ou piquoir, pour être à plusieurs usages, doit être composé de deux piéces qui se montent à vis ; l’une qui porte l’éguille par un de ses bouts, & sert de calquoir par l’autre bout : à l’égard de l’autre piéce, elle sert à renfermer l’éguille par un de ses bouts, & par l’autre elle porte un crayon, comme il est évident par la Fig. 1. Planche 1. Cet instrument doit être de cuivre, & long au moins de trois pouces & demi, sur quatre lignes de diamétre hors d’œuvre, afin d’y pouvoir mettre un crayon d’un pouce de longueur.

Pour ce qui est du rapporteur, il est plus commode de corne que de cuivre.

Les régles doivent être d’un bois sec, afin qu’il ne soit pas sujet à se tourmenter. Les bois qui se tourmentent le moins sont l’ébéne & le bois d’Inde ; mais l’encre que la plume communique à la régle, coule trop sur ces sortes de bois, à cause de leur dureté, qui empêche qu’elle ne s’y attache assez pour y pouvoir tenir ; de maniere qu’elle s’en échappe aisément, & tombe sur le papier, ce qui fait que nous préférons le pommier, le poirier, le cornouillier, le cormier & le sauvageon, quoique ces sortes de bois soient plus sujets à se tourmenter. Si le sapin pouvoit se rendre uni, il seroit le plus propre pour faire des régles, parce qu’il se tourmente moins que les autres ; cependant nous nous en servirons pour les grandes régles à faire les bordures des desseins.

Présentement nous dirons qu’il est necessaire d’avoir quatre régles ; la premiere, qui soit de six pouces de longueur sur quatre lignes d’épaisseur au plus. La seconde d’un pied de longueur sur la même épaisseur & largeur. La troisiéme, d’un pied & demi de longueur sur deux pouces de largeur & quatre lignes d’épaisseur. Et la quatriéme, de deux pieds & demi de longueur, sur la même largeur & épaisseur.

Il est encore nécessaire d’avoir une équerre de même bois & de même épaisseur que les régles, dont un côté ait au moins huit pouces de longueur, & l’autre six pouces.

Notez que ce n’est pas assez que les régles soient dressées des deux côtés, il est encore nécessaire que leur largeur & leur épaisseur soient bien jaugées ; on en connoîtra l’utilité dans la pratique. Il n’y a que les Ebenistes. qui puissent bien dresser les régles.

Les pinceaux seront des grosseurs marquées par les Fig. 3. & 4. Pl. 1. Il sera bon d’en avoir une douzaine des moyens, marqués par la Fig. 3. & trois ou quatre gros, comme la Fig. 4. Les moyens & les gros, pour être bons & propres à laver, doivent faire la pointe raisonnablement forte, étant , tels qu’ils sont représentés par les Figures 3. & 4. & non foible, comme la Figure 2. Il ne faut pas non plus que la pointe soit émoussée. Les moyens sont dans des tuyaux de plumes d’oyes, & les gros dans des plumes de cignes.

Il sera bon d’avoir trois ou quatre canifs, parce qu’on se trouve souvent dans de petites places où l’on n’en trouve pas de fins, & faute d’un bon canif on ne peut pas bien tailler une plume. Ceux qui ont de gros manches sont mieux en main.

Il sera encore bon d’avoir une demi-douzaine de pinces de cuivre à coulans, pour tenir en état les desseins & le papier sur lequel on doit faire la copie du dessein ; mais il faut que ces pinces soient les plus légeres qu’on le pourra.

Outre ces instrumens, il sera à propos de faire provision d’une douzaine d’éguilles fines, pour piquer les desseins que l’on voudra copier, & deux ou trois douzaines d’épingles jaunes à faire de la dentelle, pour, au défaut des pinces, attacher ce que l’on veut copier.

Il faut aussi avoir une douzaine de petits vases de fayence pour mettre les teintes, qui soient environ de deux pouces de diamétre sur neuf lignes de hauteur au plus, & qui soient de la forme marquée par la Figure 1. Planche 3. ayant le bord droit, & non renversé, comme ceux où l’on met de la pommade, pour les raisons que l’on connoîtra dans la pratique.

On pourra se servir d’un chevalet de bois, tel qu’il est représenté par la Figure 2. Planche 3. pour tenir les vases dans une situation à pouvoir prendre aisément de la couleur avec la plume.

Il est encore nécessaire d’avoir trois ou quatre petites phioles de verre, d’environ deux pouces de hauteur, pour le bistre liquide, la couleur d’eau, & l’eau gommée.

Pour serrer le petit équipage de couleurs, avec leurs vases, les pinceaux, les plumes, les crayons en bois, le porte-éguille, le canif, & autres, on pourra avoir une boîte d’un bois mince, comme de trois lignes d’épaisseur, faite suivant le dessein & les dimensions marquées dans la Planche 2. dont voici l’explication

Premierement, le fond de cette boîte est divisé en huit compartimens, comme il est aisé de le voir par la Figure l. qui en représente le plan, & la Figure 2. le profil. Les quatre marques A, ont chacun sept pouces de longueur sur deux pouces. & demi de largeur, & un pouce de profondeur, pour mettre douze petits vases de fayence ; & les quatre marqués B, ont un pouce & demi chacun de largeur, sur deux pouces de pro fondeur dans œuvre, qui est celle de toute la boîte. De ces quatre derniers compartimens, deux serviront pour mettre les petites phioles, & les deux autres les provisions de couleurs qui ne seront point délayées, ainsi que les crayons, l’encre de la Chine, les éguilles, les épingles, & autres petits ustensiles.

Enfin dessus l’espace des quatre compartimens marqués A, on mettra une autre boîte plate sans couvercle, marquée C, dont la troisiéme Figure représente le plan, & la quatriéme le profil, laquelle est divisée dans sa largeur en deux compartimens marqués C, dont la profondeur est l’espace compris depuis le dessus des compartimens marqués A, jusques dessous le couvercle de la boîte entiere. L’un de ces deux compartimens marqués C, servira pour mettre les plumes taillées, les pinceaux & le canif, & l’autre pour les compas, le porte crayon, le porte-éguille, ou piquoir, & les pinces à coulans ; & cette petite boîte étant mouvante, s’ôtera & se remettra sur les vases de fayence, & leur servira de couverture.

Les Ingénieurs & les Dessinateurs qui seront de campagne, je veux dire qui suivront l’armée, ou qui serviront aux siéges, auront un étui d’yvoire d’une douzaine de coquilles.

Et afin qu’il ne manque rien de tout ce qui peut être utile & commode pour dessiner, nous allons donner la construction & les proportions d’une table contre laquelle on pourra s’appuyer l’estomac sans gâter le papier sur lequel on dessine, laquelle sera très-commode, sur-tout pour les grands desseins, parce que le papier étant en partie dessous la table, il n’embarrasse point dessus ladite table.

Le dessus de cette table, qui sera de bois de noyer, ou de hêtre, s’il est possible, à cause qu’ils sont plus unis & plus doux sous le canif, lorsqu’on a quelque papier à couper à la régle, aura cinq pieds de longueur, compris les deux emboîtures a, sur deux pieds & demi de largeur. Ce dessus sera composé de quatre planches, b, c, d, e, qui seront assemblées à tenons & mortaises dans les deux emboîtures a, en laissant une ouverture d’un demi-pouce entre les planches bc, & de, pour passer le papier X, sur lequel on doit dessiner, observant d’abattre en quart de rond, l’arrête des planches c d, du côté de l’ouverture, ainsi qu’il est aisé de voir par la Figure 4. Planche 3. afin que le papier ne fasse point de plis en cet endroit, & de ne donner que quatre ou cinq pouces de largeur à chacune des deux planches b e, observant aussi d’arrondir le devant de cette derniere, contre laquelle on doit s’appuyer l’estomac.

A l’égard du pied de la table, il sera bon qu’il soit de chêne, ou de tout autre bois fort, afin que l’assemblage à tenons & mortaises en soit solide, On ne mettra point de traverse au bas des pieds de la table par le devant ni par le derriere, mais bien par les côtés, & une autre par le milieu, assemblée dans les traverses des côtés.

Pour ce qui est de la hauteur de cette table, on lui donnera deux pieds deux pouces, ce qui fera, avec l’épaisseur du dessus de la table, deux pieds trois pouces. Au surplus, j’ai remarqué que pour dessiner à son aise étant assis, & même pour écrire, il falloit que le siége fût de deux pouces plus haut que les genoux de la personne, afin qu’on n’y sentît point de lassitude en travaillant long-tems, & que la table fût une fois & demi plus haute que le siége ; c’est-à-dire, que si le siége a 18 pouces de hauteur, il faut que la table en ait 27.

Mais lorsqu’on voudra dessiner debout, il faudra que la table soit à la hauteur du nombril de la personne.

On pourra encore avoir un chassis à verre, qui s’inclinera à tel degré qu’on voudra, pour copier des desseins, ce qu’on appelle tirer à la vitre. La Fig. 3. Planche l. en représente la machine entiere, développée & vue par derriere ; & la Figure 6. en fait voir le chassis à verre vû seulement par devant, c’est-à-dire du côté que l’on pose le dessein & le papier sur lequel on veut tirer une copie. Voici le détail de cette machine, avec ses dimensions.

Le chassis à verre abcd, marqué x dans le profil (Fig. 7.) aura 24 pouces de hauteur & 18 de largeur, sur un pouce d’épaisseur, & sera de sapin, pour être plus leger ; & les quatre bouts de planche dont il sera composé, seront joints avec des goujons, & collés à la colle forte.

Le chassis cdes, sera d’un bois doux & solide, autant qu’on le pourra, comme de pommier, de poirier, de noyer, ou de cerisier ; ses membres auront chacun un pouce & demi de largeur sur un d’épaisseur, & ce chassis sera assemblé à tenons & mortaises, & sera de la même grandeur que le précédent abcd, auquel il est attaché par deux couplets à charniere m n. Les deux membres r seront chacun enfoncés à moitié bois, sur leur largeur & sur leur épaisseur, pour y loger le petit chassis ghik, , de toute son épaisseur, marquée y dans le profil (Fig. 7.) dont les membres auront neuf lignes de largeur sur six lignes d’épaisseur, & seront assemblés par entaille, à moitié bois, collés & rivés avec des pointes de clou, & ce chassis sera attaché au chassis à verre par deux petites piéces de serrurerie marquées p & q, dont celle marquée q est hors de sa place, pour en faire voir le profil, c’est-à-dire son contour, & pour laisser voir à la traverse, le collet marqué o ; observant de faire des crans dans le fond des deux pièces marquées r, ainsi qu’on le voit dans le profil (Fig. 7.) pour arrêter le pied du chassis ghik, à tel degré que l’on voudra.

Enfin le verre, qui doit être bien blanc, & du plus beau, aura huit pouces de largeur sur dix de hauteur.

A l’égard de la Figure 7. elle représente toute la machine vue de profil.

REMARQUE.

Comme la table pour dessiner, dont nous venons de donner la construction, n’est commode que pour les grands desseins qui concernent la fortification, comme les plans en entier d’une place & leur carte particuliere ; lorsqu’il s’agira de dessiner les plans particuliers des ouvrages & des bâtimens civils, ainsi que leurs coupes, profils, élévations & façades, & toutes sortes de morceaux d’architecture civile, on pourra se servir de la planchette, avec l’équerre, construite de la maniere que nous allons l’expliquer, préférablement à la double équerre, faite en forme de T, dont plusieurs Architectes & Dessinateurs se sont servis jusqu’à présent, parce qu’elle doit être plus juste que cette derniere, qui est assez facile à devenir fausse dans la suite, & très-difficile à construire juste, au lieu que celle que nous proposons est solide dans sa justesse & facile à faire juste, comme on le connoîtra en la construisant. Voici les dimensions de cette équerre, & celles de la planchette, avec leur construction.

La planchette ABCD, (Planch. 23. Fig. 1.) qui doit être d’un bois doux, comme de pommier, poirier, noyer, & autre semblable, aura environ 20 pouces dans un sens, & 15 pouces de l’autre, sur 4 lignes d’épaisseur ; & comme ces sortes de bois sont fort sujets à se tourmenter, on doublera cette planchette dessous, avec du sapin de même épaisseur, que l’on appliquera avec la colle forte, observant de mettre le fil du bois de la planchette dans un sens contraire de celui de son redoublement, pour empêcher que le bois ne se tourmente & ne fasse la douelle comme il arrive ordinairement ; & comme il n’est pas toujours facile de trouver des planches de 15 pouces de largeur, on pourra faire cette planchette ainsi que son redoublement de deux pièces chacun, elle n’en sera pas moins solide, puisqu’on est obligé de mettre le fil du bois de l’un dans un sens contraire de celui de l’autre.

On observera de faire déborder la planchette d’un demi-pouce de chaque côté de son redoublement, afin que rien n’empêche de mettre parfaitement d’équerre les quatre angles de cette planchette.

A l’égard de l’équerre, qui doit être aussi d’un bois doux, la partie E, (Figure 1. & 3. même Plan) aura quatre pouces par un bout & un pouce par l’autre, sur quatre lignes. d’épaisseur, & la partie F, (même Figure) aura un pouce & demi de largeur sur huit pouces de longueur, & un demi-pouce d’épaisseur Cette partie F sera collée parfaitement d’équerre de route sa largeur sur le bout le plus large de la partie E ; & lorsque la colle sera séche, on percera deux trous à travers les deux parties collées pour y mettre deux chevilles à la colle, comme il est aisé de voir par la Fig. 1. & 3. même Planche.

Nota. Qu’on pourra ne donner, si l’on veut, que trois pouces au bout le plus large de la partie E, & par conséquent six pouces de longueur à la partie F, sur toujours la même largeur & épaisseur.

La Figure 3. représente le dessous de l’équerre, & la Figure 2. en fait voir l’épaisseur.

Enfin la Figure 4. fait voir le profil de la rainure qu’il est bon de faire sous la régle E, afin que l’encre qui s’attache sur son bord ne tombe pas sur le papier, en faisant ce bord moins épais d’une demi-ligne, comme l’on peut voir par les cottes de la même Fig. 4.