Aller au contenu principal
Classiquesen Ligne

SECTION III.  De quelques observations plus particulieres que celles de la Section précédente, sur le Dessein & le Lavis ; des plans particuliers des ouvrages & des bâtimens, ainsi que sur celui de leurs coupes, profils, & c. tant de l’Architecture militaire que civile.

1. LES lignes des plans particuliers des ouvrages & des bâtimens, tant de ceux qui subsistent, que de ceux qui sont en projets, ainsi que celles de leurs coupes, profils, & c. soit que ces ouvrages soient de maçonnerie, de terre ou de gazon, dans l’Architecture civile & militaire, doivent être toujours noires, aussi-bien que celles de leurs taluts, & non rouges, comme j’en ai vû dans quelques desseins. Il est vrai que ces desseins étoient faits par des personnes qui ne sçavoient pas bien les régles établies pour ces sortes de desseins depuis plusieurs années, & qui depuis ce tems-là ont toujours été suivies par les habiles Dessinateurs.

2. Il n’en est pas de même pour ce qui regarde le Lavis ; chaque nature d’ouvrage doit être lavée de la couleur qui lui convient, suivant les régles qui ont aussi été établies, dont les unes sont naturelles & les autres de convenance ; ainsi l’on est convenu que dans l’Architecture militaire la maçonnerie des ouvrages qui subsistent, tant dans les plans que dans les profils, seroit lavée en rouge, & les terres en noir ; & lorsque c’est un projet, ces deux natures d’ouvrages seront lavées en jaune, Voilà pour l’Architecture militaire.

Et dans l’Architecture civile la maçonnerie des bâtimens qui subsistent se lave en noir dans les plans ; mais dans les profils on n’y lave point l’épaisseur des murs ; on pointille, si l’on veut, d’une demi-teinte d’encre de la Chine les endroits seulement qui sont censés coupés ou rompus, & cela ne se fait ordinairement qu’aux morceaux qui sont sur des échelles plus grandes qu’une ligne pour pied. Voyez d’Aviler, Planches 50, 38 , 70, 83 & 85.

La raison pour laquelle les Architectes ne lavent pas en noir les endroits coupés, rompus ou écorchés dans les coupes & profils, comme font les Ingénieurs en rouge dans ceux des ouvrages de fortification, c’est qu’ils suivent le goût de la gravure en taille-douce, où il n’est employé que le blanc & le noir pour exprimer toutes choses : car si les Architectes lavoient en noir les endroits coupes, rompus ou écorchés dans un profil comme dans le plan, ces endroits se trouveroient confondus avec le fond des coupes, qui est toujours en noir, parce que cet endroit n’est pas censé éclairé, puisqu’il est ordinairement privé de lumiere : de plus, la plupart de ces endroits coupés dans les profils se trouveroient encore quelquefois confondus avec les ombres du dessein, qui sont naturellement noires. De là je conclus que la maniere de laver la maçonnerie en rouge lorsque l’ouvrage subsiste, & en jaune quand c’est un projet, comme font les Ingénieurs dans l’Architecture militaire, est plus commode & plus favorable que celle dont on se sert dans l’Architecture civile.

A l’égard des endroits qui ne sont ni coupés ni rompus, comme les portes & les fenêtres, on les laisse blancs ainsi que dans leur plan ; & en projets, la maçonnerie doit être lavee en rouge dans le plan, & par conséquent les endroits-coupés ou rompus dans les profils seront pointillés d’une demi-teinte de rouge, & ceux qui ne sont ni coupes ni rompus, comme les portes & les senêtres, on n’y lave rien a non plus que dans le plan.

A l’égard des autres natures d’ouvrages, on imitera leur couleur naturelle autant qu’il sera possible, tant dans l’Architecture militaire que civile : sçavoir, le gazonace, en verd-brun ; les eaux, d’un bleu céleste les sables, d’un jaune roux ; la charpente, d’une couleur de bois ; la couverture de tuiles, d’un rouge un peu jaunâtre ; celle d’ardoise, d’un gris tirant sur le bleu foncé ; le fer, du même gris, mais un peu plus foncé en noir ; le plomb, d’un gris moins bleu, & un peu plus clair ; le verre, d’un bleu un peu verdâtre & assez clair ; le cuivre, la fonte & le bronze, d’un verd-de-gris rembruni parce que ne pouvant pas trouver de couleur qui imite bien celle de ces trois matieres, le verd-de-gris rembruni est encore celle qui leur convient le mieux, d’autant plus que la superficie des ouvrages qui sont faits de ces trois métaux, prend à peu près & en très-peu de tems la couleur de verd degris, & que cette couleur reste en cet état tant que l’ouvrage subsiste.

Notez que pour rembrunir le verd-de-gris, il ne faut que laver le dessein avec de l’encre de la Chine, pour le rendre de relief, ensuite passer une teinte de verd-de-gris liquide sur l’ouvrage.

3. Dans toutes sortes de natures d’ouvrages, tout ce qui est coupé, rompu ou écorché, sera toujours lavé d’une teinte entiere & égale dans toute son étendue, de la couleur qui conviendra à la nature de l’ouvrage, ainsi que nous venons de le dire dans l’article 2.

4. Tout ce qui n’est point coupé, rompu ni écorché, comme les façades, se lave d’une teinte claire, de la couleur qui convient à la nature de l’ouvrage, art. 2.

5. Dans la charpente, outre qu’on doit laver la coupe des piéces de bois d’une teinte un peu plus forte que ce qui n’est pas coupé ; selon les régles ci-dessus, on hache encore à la plume cette coupe avec l’encre de la Chine, ce qui ne se doit faire qu’après que l’ouvrage est lavé, pour les raisons que nous dirons dans le premier article du Nota de la Section 13.

6. Mais les bouts des pièces de charpente qui sont entieres, seront marquées par deux diagonales, je veux dire deux lignes déliées tirées des angles de l’équarissage du bout de la piéce ; on doit observer cette différence, parce qu’il peut se trouver dans la coupe d’un ouvrage de charpente le bout de quelque pièce entiere qu’il faut distinguer du bout d’une pièce coupée. Il en doit être de même pour les grosses ferrures, lorsque les desseins sont détaillés & sur une échelle à pouvoir le faire

7. Tout vuide, dans un plan, ne se lave point en aucune maniere, comme les caves, les chambres, les cours & autres semblables.

S. Mais dans les coupes & profils, ces vuides, excepté les cours, se lavent d’une teinte d’encre de la Chine, qui est plus ou moins forte, selon que ces vuides sont plus ou moins enfoncés.

9. A l’égard des épaisseurs des murs des voûtes & des planchers, on les lave de la couleur qui convient. Art. 2. même section.

Nota. Il paroît que la maniere de laver les ouvrages dans l’Architecture militaire est plus avantageuse que celle dont on se sert dans l’Architecture civile, parce que dans celle-ci on ne distingue pas dans les profils par des couleurs, ce qui est coupé ou rompu d’avec ce qui ne l’est pas, si ce n’est en pointillant ces endroits, comme nous l’avons dit art. 2. lorsque l’échelle le permet, ce qui n’est pas expéditif ni guères propre ; d’où il suit que lorsqu’on ne peut pas pointiller les endroits qui sont coupés ou rompus par la petitesse de l’échelle, il n’y a point de différence entre ces endroits coupés ou rompus & les tableaux des portes & des fenêtres.