SECTION IV. Des échelles qui conviennemt aux plans, coupes, profils, façades, élévations & niveaux, qui sont les mêmes que celles que M. le Maréchal de Vauban a réglées pour les Desseins que l’on envoye à la Cour, ausquelles on a ajouté celles qui sont propres pour le détail de quelques parties d’ouvrages de maçonnerie, de charpenterie, de serrurerie, qu’on a marquées d’une étoile. Pl. 4.
COmme nous allons rapporter toutes les échelles au pied de Roi, il ne sera pas hors de propos d’en expliquer les parties, quoiqu’elles soient assez connues en France.
Nous dirons donc que le pied de Roi contient 12, pouces, & le pouce 12 lignes. Il faut six pieds de Roi pour la toile de Paris.
Présentement pour le plan en entier d’une place, l’échelle sera d’un pouce pour cent toises. Cette échelle est suffisamment grande lorsque les bastions sont royaux, c’est-à-dire que leurs faces ont au moins quarante ou cinquante toises. Mais lorsque la fortification est sur les anciens systêmes comme Montmedy, Ardres, & autres, ou que la place est composée de redans & de tours, qui forment presque toujours de petites parties, ce qui arrive ordinairement aux places qui sont sur des hauteurs escarpées, comme le château de Bouillon, celui de Traerbak, la citadelle de Besançon & autres, il faut au moins un pouce & demi pour cent toises.
Notez qu’il n’est pas nécessaire de marquer les taluts des revêtemens de maçonnerie lorsque l’échelle n’est que d’un pouce où d’un pouce & demi pour cent toises, parce qu’ils ne sont pas sensibles ; mais lorsque ces revêtemens ne sont que de gazon, on peut en marquer les taluts, parce qu’ils sont assez sensibles.
Pour la carte particuliere d’une place, un pouce pour 400 toises, ainsi que pour celles des camps, retranchemens, lignes de circonvallation, de contrevallation & des batailles.
Pour le plan en grand d’une place, où les taluts & rampes soient distinctement marques, une ligne pour une toise ou pour trois toises au plus, c’est-à-dire un pouce pour douze ou trente-six toises.
Notez que les plans qui sont sur l’échelle d’une ligne pour toise, sont appellés plans directeurs, parce que c’est sur cette échelle que l’on travaille le mieux aux projets.
Pour les plans d’ouvrages entiers, comme d’une demi-lune, d’un bastion, & même d’un front de fortification où les fondations soient marquées, deux lignes pour une toise. Cette échelle convient encore pour les plans en relief. Feu M. de la Devese, Ingénieur ordinaire du Roi, qui étoit un de ceux qui excelloient dans les plans en relief, ne leur donnoit qu’un pied pour cent toises.
Pour les plans particuliers des ouvrages & des bâtimens, comme ponts, écluses, casernes, corps-de-garde & autres semblables, & pour leurs coupes, profils, façades, & c. une ligne au moins pour un pied, c’est-à-dire six lignes pour toise.
Et pour quelques-unes de leurs parties détaillées, comme d’une travée de pont, de jettée, de comble de bâtiment, d’une bascule de pont-levis, d’une barriere, des portes d’écluses, & autres parties d’ouvrages entiers, trois lignes pour un pied.
* Pour les petits ouvrages de menuiserie, comme tables, bancs, rateliers pour les armes, guérites, portes, croisées & autres, six lignes ou un pouce au plus pour un pied. Cette échelle est encore propre pour détailler les minuties de la charpente, dans leurs proportions, comme tenons, mortaises, renforts, embrevemens, & c. Elle convient wu-uic pour faire les machines en petit,
* Pour le détail des grosses ferrures dans leurs proportions, comme pentures de portes, de barrieres, tourillons de ponts-levis & autres, & pour les ouvrages de cuivre & de fonte, comme crapaudines de portes d’ecluse, & autres, deux lignes pour un pouce.
* Et pour celui de la serrurerie, comme serrures, targettes, & c. quatre lignes pour un pouce.
* Pour la carte particuliere d’une Election, un pouce pour une lieue commune de France.
* Pour la carte d’une province, un pouce pour trois lieues.
Et pour celle des Royaumes, un pouce pour quinze lieues.
On n’a point mis dans la planche les trois dernieres échelles marquées à une étoile, attendu qu’il n’y avoit point de place, & qu’on s’en sert rarement.
Notez 1o. Qu’on ne devroit jamais faire aucun dessein sur des échelles faites au hazard, comme plusieurs font ; mais que ces échelles devroient toujours avoir rapport au pied de Roi, pour plusieurs raisons que la pratique fera assez connoître ; ainsi l’on pourra suivre exactement celles que nous venons de prescrire, parce qu’elles sont proportionnées au détail de chaque ouvrage.
2o. On doit toujours observer dans la construction des échelles de mettre les parties de l’entier, lorsqu’elles sont sensibles, au commencement de l’échelle, sans les y comprendre, cest-à-dire de ne commencer à compter les entiers sur l’échelle qu’à la fin desdites parties, & de faire les échelles dans un goût simple, telles qu’on les voit dans la Planche 4, sans y faire de petits ornemens aux deux bouts, comme je l’ai vû faire au Dessinateur d’un Directeur des fortifications, parce que cela est de mauvais goût.
Il ne sera pas encore hors de propos d’expliquer les trois sortes de lieues connues en France par les Géographes, dont la premiere & la plus grande contient 3423 pas géométriques & trois pieds, ou 2853 toises de Paris.
La moyenne, 2739 pas géométriques, ou 2282 toises trois pieds.
Et la petite, 2400 pas géométriques, ou 2000 toises de Paris.
A l’égard du pas géométrique, il contient deux pas communs, ou cinq pieds de Roi.
On entend par pas commun, le pas ordinaire d’un homme, ou deux pieds & demi.
Pour ne point faire dans les plans en entier, non plus que dans leurs cartes particulieres, les chemins d’une largeur extraordinaire, comme je l’ai vû faire dans quelques plans, par rapport à celle qu’on leur doit donner suivant les Ordonnances ; voici leur vraie largeur & celle des sentiers, pour les proportionner à peu près autant qu’il sera possible.
La vraie largeur des chemins dans les forêts, doit être de 12 toises de Paris.
Celle des chemins royaux en pleine campagne, de 45 pieds ou 7 toises & demie, afin de pouvoir établir dans le milieu un pavé de 15 pieds de Roi.
Les chemins de traverse, de 24 pieds.
Les rues ou voies, de 16 pieds.
Le sentier commun, de 4 pieds.
Et le petit, de 2 pieds.
Il est bon d’avertir ici, avant que de quitter cette section, qu’il seroit très-utile d’avoir toutes, les échelles de la planche 4 gravées sur une lame de cuivre ou de corne, l’une & l’autre très-minces & de la grandeur de la même planche 4 , & que leurs divisions fussent percées à jour d’un fort petit trou, à ne passer que la pointe d’une aiguille fine, afin de pouvoir faire tout d’un coup l’échelle d’un dessein, en piquant par les trous de celle dont on auroit besoin, pour n’être pas obligé de les construire avec le compas, lesquelles souvent sont mal divisées. Outre que cette maniere seroit expeditive, elle seroit encore très-juste, & l’on seroit sûr qu’il n’y auroit point de différence entre les mêmes échelles qui seroient sur différens desseins. J’ai fait exécuter cette idée sur une lame de cuivre assez mince, dont je me sers très-utilemenr. Ceux qui voudront s’en servir, doivent s’adresser aux Fabricateurs d’instrumens de mathématiques, pour faire graver ces échelles sur une lame de cuivre ou de corne, parce qu’ils sont plus habiles pour tous les instrumens où il s’agit d’avoir des divisions qui soient très-justes, que tout autre ouvrier. J’ai encore exécuté l’idée en question sur du velin, & elle m’a également reussi.