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SECTION X.  Des maximes pour laver uniment en plein, & en adoucissant.

DE toutes les couleurs propres au lavis, il n’y a que le carmin & l’encre de la Chine qui séchent promptement, particulierement celle-ci, ce qui fait que ces deux couleurs sont très difficiles à employer uniment, & en adoucissant, principalement dans les grands desseins, c’est-à-dire ceux qui sont sur de grandes échelles, sur-tout en été pendant les grandes chaleurs ; c’est pourquoi pour y réussir il faut :

1o. Que le papier soit ce qu’on appelle battu & lavé, & lorsqu’il ne le sera pas, ce qu’on connoîtra quand il boira trop vîte la teinte sans donner le tems de l’étendre uniment & de l’adoucir, on donnera une premiere teinte très-claire de la couleur qui conviendra, (art. 1, 2, 3 & 4. Sect. III.) pour étancher la soif du papier, s’il est permis de parler ainsi ; ensuite de quoi on lavera avec facilité ; mais il ne faudra pas attendre que la premiere teinte soit entiere ment séche, ni mettre une seconde teinte que le papier n’ait bu entierement la premiere, sans être séche.

On a dit ailleurs que plus le papier étoit vieux, plus il étoit propre à dessiner, pourvû qu’il eût toujours été en lieu sec ; car il est certain qu’on lavera plus facilement sur le vieux papier que sur le nouveau, qui est, pour ainsi dire, encore tout verd.

2o. Que le pinceau soit toujours plein de la teinte qu’on employe, ensorte qu’elle flotte sur le papier devant le pinceau.

3o. Que lorsqu’on voudra adoucir une teinte, en diminuant insensiblement à rien comme sur les glacis & taluts, le pinceau ne soit pas plein d’eau, mais raisonnablement humecté ; car lorsqu’il est plein d’eau, il noye la teinte, l’étend plus loin qu’il ne faut, & l’affoiblit où elle doit rester forte : on observera de commencer cet adoucissement par le bout où l’on a fini d’étendre la teinte, en allant vers celui où l’on a commencé. Cet adoucissement doit se faire promptement, quand la teinte est de carmin ou d’encre de la Chine, parce que ces deux couleurs séchent fort vîte, comme nous l’avons déja dit ; c’est pourquoi il n’en faut pas beaucoup entreprendre à la fois, & quand l’espace à laver est trop grand, il faut se servir de gros pinceaux, qui sont dans des plumes de cygne.

4o. Laver de tems en tems dans de l’eau claire le pinceau avec lequel on adoucit la teinte, afin qu’il n’en soit point humecté, je veux dire qu’il ne tienne point la teinte ; après quoi on le portera à la bouche, ou on l’essuiera légerement sur du gros papier gris, pour tirer la plus grande partie de l’eau qu’il a prise en le lavant dans l’eau claire, pour les raisons que nous avons dites dans l’art. 3.

5o. De ne jamais se servir de vieille teinte, tant en rouge qu’en noir, mais d’en faire toujours de nouvelle toutes les fois qu’on en aura besoin, si l’on veut que le lavis soit propre & vif.

6o. Enfin de remuer la teinte avec le pinceau chaque fois qu’on en prend pour laver, afin que le lavis soit toujours égal ; & pour la même raison il faut en été, sur-tout lorsqu’il fait du hâle, mettre de quart d’heure en quart d’heure une goutte d’eau avec le doigt dans la teinte, pour l’entretenir toujours égale.

Nota 1o. Que si le lavis d’encre de la Chine paroît trop dur, il faut passer dessus de la mie de pain légerement, ensuite étendre une demi-teinte de bistre, cela le rendra plus tendre & plus moëlleux.

2o. Que l’on ne doit jamais se servir indifféremment de tous les pinceaux pour employer la couleur d’eau, mais toujours de celui dont on se sera une fois servi pour cette couleur.