SECTION XIV. Des plans particuliers, tant des bâtimens civils, que des ouvrages de fortification. Pl. II. 12. 13.
1. COMME les plans de tous les ouvrages sont censés pris à une certaine hauteur pour en faire voir toutes les parties, celui d’un bâtiment civil est toujours pris à la hauteur de l’appui des fenêtres pour en faire voir leur distributions ainsi les murs étant censé coupés en cet endroit, le plan en doit être lavé d’une teinte entiere de la couleur qui conviendra, (art. 2. & 3. Sect. 3.) en épargnant l’endroit des portes & des fenêtres où l’on ne lave rien, (art. 4. même Sect.) Il en sera de même pour le plan de chaque étage.
2. Les cloisons de charpente seront lavées d’une couleur de bois, quoiqu’il y ait de la maçonnerie entre les poteaux, pour les distinguer des murs en parpain, qui ont à peu près la même épaisseur ; ou en rouge si c’est un projet, lorsque c’est de l’Architecture civile ; & en jaune, si le projet est de l’Architecture militaire.
3. Les cloisons de planches seront aussi lavées de la couleur de bois, & quoiqu’elles puissent être assez distinguées des cloisons de charpente avec galandage, par leur épaisseur qui est bien différente, on ne laissera pas que de hacher leur plan, parce que la coupe de tous les ouvrages de bois doit être hachée.
4. Les portes & les fenêtres se marquent dans les murs par des espaces non lavés qui en marquent les largeurs, ausquels espaces on figure leurs tableaux & leurs embrasures, comme il est aisé de voir par le plan du rez-de-chaussée, (pl. 11. fig. 1.)
5. Quant aux escaliers, on en marque la premiere rampe en lignes noires déliées, & les autres rampes, s’il y en a, par des lignes ponctuées, (fig. 1. même pl. 11.) pour faire connoître qu’elles sont en l’air ; & on ne lave que le limon de la premiere rampe, & jamais les marches, à moins que le plan de l’escalier ne fût en particulier sur une grande échelle, qui fût au moins de trois lignes pour pied, afin qu’on en pût marquer tout le détail. On en doit faire de même à chaque étage.
6. Lorsque les planchers sont en plafond, on en ponctue la figure sur le plan. On ponctue aussi la place des lits, en leur donnant la largeur qu’ils doivent avoir, sur toujours six pieds de longueur, comme il est aisé de voir par celui de la chambre, marqué l, sans y rien laver, non plus qu’aux plafonds, (pl. 11. fig. 1.)
7. A l’égard des minuties, comme fours, potagers, pierres où l’on lave la vaisselle & où l’on écure, auges, puits, latrines, & autres, on les figure dans le plan & dans la coupe, autant qu’il est possible, & en la maniere qu’elles sont marquées, (pl. 1. fig. 1. & fig. 4.) sans y rien laver, si ce n’est les puits & leurs auges, où l’on met de la couleur d’eau, & du noir dans la lunette des latrines.
8. Pour ce qui est de l’étage des souterreins, qui comprend les caves à vin, les cuisines & les offices, on en marquera les voûtes, comme il suit, (planc. 11. fig. 3.).
Si elles sont en berceau, soit à plein ceintre ou surbaissé, on décrira à un des bouts du berceau un demi-cercle ponctué pour celles à plein ceintre, lequel demi-cercle sera couché sur le plan du berceau, comme E ; & si elles sont surbaissees, on fera une ellipse, c’est-à-dire une anse de panier, en terme d’ouvrier, qui aura la hauteur relative à la voûte effective, comme F, (pl. 11. fig. 3.).
Mais si les voûtes sont d’arrêtes, on les marquera par deux diagonales sur leur plan, qui seront aussi ponctuées comme G, (pl. 11. fig. 3.).
Si enfin ces voûtes sont en arc de cloître, on les marquera par des lignes ponctuées paralleles à leurs côtés, & on en marquera aussi les arrêtes par deux diagonales ponctuées, & deux autres croisées, selon les clefs de la voûte, comme H, (pl. 11. fig. 3.)
9. S’il y a quelque endroit dans l’emplacement des souterreins qui soit plein ou massif, c’est-à-dire qui ne soit point souterrein, on le lavera d’une couleur de terre rougeâtre, comme les fossés secs.
10. On marque dans les écuries les mangeoires par de petites lignes noires, qui en figurent le plan, qu’on lave ensuite d’une couleur de bois : on marque aussi la séparation des chevaux par des lignes noires que l’on espace de quatre pieds pour les chevaux de carrosse, & de trois pieds & demi pour ceux de selle, sur environ huit pieds de longueur, compris la mangeoire, & au bas de chaque ligne de séparation on y figure le plan du poteau auquel est attachée la perche qui sépare un cheval d’un autre, comme on peut le voir dans l’écurie marquée k, (pl. 11. fig. 1.)
11. Enfin les murs mitoyens doivent être marques par une ligne ponctuée dans le milieu de l’épaisseur du mur, tant dans le plan que dans le profil.
12. Lorsqu’il faudra représenter le plan de la couverture d’un bâtiment, pour est faire voir les noues & les arrêtiers, pour servir à la construction du comble, (pl. 11. fig. 5.) voici comme il faudra laver ce plan.
On donnera sur les faces du côté que le jour vient, la couleur qui conviendra à la nature d’ouvrage, c’est-à-dire un rouge jaunâtre si la couverture est de tuile, & pour cela on se servira d’une demi-teinte de vermillon, ou d’un bleu brun si elle est d’ardoise, observant de conserver toute la force de la teinte au sommet des dites faces, en la diminuant insensiblement à rien jusqu’à leur pied,
A l’égard des faces qui ne sont point du côté du jour, on les lavera d’abord avec une demi-teinte d’encre de la Chine, en conservant toute la force de cette teinte au sommet des faces, & en la diminuant insensiblement à rien jusqu’à leur pied, pour marquer l’ombre de ces faces ; & quand la teinte sera entierement séche, on étendra uniment une teinte claire de la couleur qui conviendra à la nature d’ouvrage.
13. Pour ce qui est du plan d’un jardin & d’un parterre, l’on en tracera par deux lignes déliées & paralleles les bordures de buis, des platebandes & autres compartimens, & le petit espace entre ces paralleles sera lavé d’une teinte de verd vif & foncé : on lavera aussi les platebandes d’une couleur de terre d’un brun rougeâtre, en adoucissant dans le milieu, pour rendre les terres en bahut, comme elles doivent toujours être, afin aussi que le lavis ne soit point placart ; ensuite on les pointille d’une demi-teinte d’encre de la Chine. (pl. 12. fig. 1.)
14. Les pièces de gazon des parterres seront lavées d’une teinte claire de verd en plein, que l’on pointillera d’une demi-teinte d’encre de la Chine, comme les platebandes. (même pl. fig 1.)
15. Les ifs, les cyprès & autres arbres seront figurés en élévation, & peints dans le goût de la miniature, (même pl. fig. 1.)
16 Les arbrisseaux avec leurs caisses, & les fleurs avec leurs pots, seront aussi représentés en élévation, & peints dans le goût de la miniature, observant de donner la cou leur de bois aux caisses, & aux pots un bleu clair, pour les marquer en fayence, quand même ils seroient de terre. (pl. 12.)
17. On représentera aussi les jets-d’eau en élévation, ainsi que les statues avec leur piédestal. (pl. 12. fig. 2.)
On pourra voir au sujet des jardins & des parterres ceux qui sont dans la distribution des maisons de plaisance, par M. Blondel, cite ci-devant pag. 96. pour en imiter le bon goût. Voilà pour ce qui regarde les plans particuliers des bâtimens civils & tout ce qui en dépend. Voyons à présent pour les plans particuliers des ouvrages de fortification,
18. Le plan des revêtemens des terrasses doit toujours être pris à la hauteur du cordon, pour en faire voir leur épaisseur au sommet, à laquelle ajoutant leur talut, on connoît celle de leur base, c’est-à-dire l’épaisseur sur la retraite ; or si au-dessus de ces revêtemens il n’y a aucun mur d’élévé, le plan étant pris à leur sommet, doit être lavé d’une teinte claire de carmin, Sect. 3. art. 2 & 4.
Si dessus les revêtemens est élevé un simple mur percé de creneaux pour faire le coup de fusil, j le plan doit être pris à la hauteur des crenaux pour faire voir leur distribution ; alors le mur étant coupé, doit être par conséquent lavé d’une teinte entiere de carmin (Sect. 3. art. 2. & 3.) ; & si le sommet du gros revêtement est plus épais que le mur crenelé, l’excédent de ce revêtement sera lavé d’une teinte claire de la même couleur (Sect. 3. art. 4) si l’ouvrage subsiste ; ou en jaune si c’est un projet.
Mais si le mur élevé dessus les revêtemens n’est qu’à hauteur d’appui, quoiqu’alors le plan en soit pris à cette hauteur, il faudra cependant l’imaginer coupé, afin qu’étant lavé d’une teinte entiere, on puisse le distinguer de l’excédent du gros révêtement, qui ne doit être lavé que d’une demi-teinte.
Si enfin ce petit mur soutient une terrasse que l’on nomme parapet dans la fortification moderne, alors le plan de ce mur étant pris à la hauteur du dessus du parapet, doit être lavé d’une teinte claire de carmin, & le dessus du parapet d’une teinte d’un verd brun, (Sect. 3. art. 2. & 4.). Mais comme le dessus des parapets est ordinairement en pente pour plonger le coup de fusil, (pl. 9. & 13.) on marquera cette plongée en tenant la teinte plus forte au sommer,
& en la diminuant insensiblement à rien vers le plus bas de cette plongée (Sect. 2. art. 8.) On en fera de même pour le talut de la banquette de ce parapet & pour celui du rempart, ainsi que pour le talut du glacis du chemin couvert.
19. Dans le plan qui représente les fondations des ouvrages de fortification, le terrein qui n’est point occupé par les fondations, doit être lavé d’une teinte claire de couleur de terre rougeâtre, comme les fossés secs, en épargnant les souterreins s’il y en a, dans lesquels il ne faut rien laver, comme nous l’avons dit pour les caves, (Sect. 3. art. 7.)
20. Le plan du dessus d’un pont de pierre ne se lave en aucune maniere ; pour celui de ses garde foux, il sera lavé d’une teinte claire de la couleur qui conviendra. (Sect. 3. art. 2. & 4.)
21. A. l’égard du plancher d’un pont de bois, on le lavera d’une teinte claire de couleur de bois, (même Sect. art. 2. & 4.). On n’entend parler ici que pour le plan particuculier de l’un & l’autre pont, & non point pour celui d’un plan en entier.
22. Le plancher d’un radier d’écluse & d’autres ouvrages semblables, sera aussi lavé d’une couleur de bois, sur laquelle on mettra une couleur d’eau, en adoucissant dans le milieu de la largeur comme aux rivieres & canaux.
23. Le plan d’une riviere ou d’un canal se lave un peu plus fort sur les bords que dans le milieu, c’est-à-dire en diminuant insensiblement à rien la couleur vers le milieu de son lit ; mais si c’est un projet, après avoir lavé le lit de la riviere ou du canal, comme nous venons de le dire, on en lavera les bords du terrein en jaune, en adoucissant du côté des terres.