SECTION I. Des parties du Plan en entier, & généralement de tout ce qui y est compris, ainsi que du paysage qui l’environne. Dans quel goût & dans quel détail on doit exprimer le tout. Planches 14. & 15.
AVERTISSEMENT.
ON a mis cette Section par ordre al-phabétique, afin de trouver avec plus de facilité les choses dont on a besoin.
Arsenal. Dans les places dont l’échelle est d’un pouce ou d’un pouce & demi pour cent toises, on en dessinera & lavera au carmin les masses des bâtimens, observant de laisser en blanc tout ce qui sera cour, autant qu’il sera possible, comme a. pl. 14.
Mais lorsque l’échelle sera d’une ligne pour trois toises au plus, on pourra fort bien distinguer l’arsenal des autres bâtimens, ou en marquant les forges par de petits soufflets, & les moulins à bras & à cheval par des petites roues, que l’on dessinera l’une & l’autre à l’encre de la Chine, observant de les placer dans la partie de bâtimens qui leur convient, qui est toujours la plus éloignée du logement des Officiers d’artillerie & de la salle d’armes. On distinguera aussi ce qui sera hangar. Et enfin on représentera, si l’on veut, en plan, le comble de la salle d’armes, en marquant les arrêtes & les noues de la couverture, (comme A, pl. 15.) & l’on dessinera & lavera le tout, comme il est dit art. 2. Sect. 3. 2e. partie.
Bac. On l’exprimera par une petite ligne noire que l’on fera traverser la riviere, en lui donnant une courbure du côté du courant de l’eau, & en marquant un pieu à chaque bout. Cette ligne courbe marque la corde qui conduit le bac. pl. 14.
Banquette. Il n’est pas nécessaire de la marquer, à moins que l’échelle du plan ne soit au moins d’une ligne pour trois toises, alors on l’exprimera par une ligne noire très-déliée, qui marquera tout ensemble son talut, ne pouvant point entrer dans un plus grand détail, à moins que l’échelle ne soit d’une ligne pour toise.
Batardeau. Dans les plans dont l’échelle est d’un pouce ou d’un pouce & demipour cent toises, on l’exprimera par deux lignes déliées & paralleles, qui seront rouges si le batardeau est de maçonnerie, & noires s’il n’est que de terre ; observant de mettre dans le milieu de la longueur du premier un petit zero, pour marquer la petite tourelle appellée Dame, comme à celui qui est à l’angle flanqué du bastion 4. (pl. 14.) dont l’usage est d’empêcher qu’on ne se glisse d’un bout du batardeau à l’autre ; & on lavera entre les deux paralleles & dans la dame, de la couleur qui conviendra, par l’art. 2. Sect. 3. 2e. partie. On ne marquera point les taluts ni de l’un ni de l’autre, n’étant pas sensibles, selon cette échelle, comme il est aisé de le voir par celui qui est à l’angle flanqué du bastion 2. pl. 14.
Mais lorsque l’échelle sera d’une ligne pour trois toises au plus, on marquera ceux de maçonnerie par trois lignes au carmin, dont celle du milieu sera très-déliée, observant de ne point passer celle-ci par-dessus la dame, & on les lavera en rouge clair. Voez celui qui est à l’angle flanqué du hastion 4. pl. 15. A l’égard de ceux de terre, on marquera leur talut & on les lavera comme les parapets. Voyez celui qui est à l’angle flanqué du bastion 2. pl. 15,
Bâtiment particulier. Dans les plans dont l’échelle est d’un pouce ou d’un pouce & demipour cent toises, on en dessinera le contour au carmin, & on le lavera d’une demi-teinte, excepté ce qui sera cour & jardin, autant qu’il sera possible, comme celui marqué b, (planche 14.) sinon on en lavera l’emplacement tout uni, en adoucissant dans le milieu, ne distinguant ni cour ni jardin, comme les deux isles c & d, ou sans adoucissement, comme celles marquées e.
Mais lorsque l’échelle sera d’une ligne pour trois toises au plus, on en pourra représenter, si l’on veut, le plan de la couverture, en en marquant les arrêtes & les noues, & en la lavant de la couleur qui conviendra, par l’art. 2. Sect. 3. seconde partie. Voyez le bâtiment B. pl. 15.
Batterie à barbette. Dans les plans dont l’échelle est d’un pouce ou d’un pouce & demipour cent toises, on marquera seulement son emplacement par des lignes déliées, qui seront rouges si son revêtement est de maçonnerie, ou noires s’il est de gazon, sans marquer les madriers de la plate-forme ; mais l’on marquera ses petites rampes par où l’on monte le canon, observant d’en mettre deux lorsque le bastion est vuide, comme à celle qui est à l’angle flanqué du bastion 2. (pl. 14.), & une seulement lorsqu’il est plein, comme à celle du bastion 4. même planche.
Mais lorsque l’échelle sera d’une ligne pour trois toises au plus, on marquera les taluts de son revêtement quand il ne sera que de gazon ; on marquera aussi les madriers de la place-forme, qu’on lavera d’une couleur de bois claire, comme l’on peut voir aux angles flanqués des bastions 2 & 4. pl. 15.
Batteries avec embrasures. Il n’est guères possible de les marquer, à moins que l’échelle ne soit d’une ligne au moins pour trois toises, encore cela n’est pas absolument nécessaire.
Berme. Il n’est pas nécessaire aussi de la marquer, à moins que l’échelle du plan ne soit au moins d’une ligne pour trois toises, alors on l’exprimera par une ligne noire déliée, bien nourrie ; mais il faut toujours les marquer aux ouvrages à demi-revêtemens, afin de les distinguer des revêtemens entiers. Voyez les demi-lunes 1. 3. & 5. planc. 14 & 15.
Bois, ou Forêt. Le goût en doit être expéditif ; car il arrive souvent qu’il y en a beaucoup à faire dans l’accompagnement d’un plan & dans les cartes ; il faut donc suivre le goût qui expédie le plus, pourvû qu’il soit passable, & suivi des bons Dessinateurs ; celui que nous allons enseigner est suivi de plusieurs.
Je figure premierement les arbres par quatre ou cinq petits traits de plume chacun, à l’encre de la Chine, observant d’en mettre par intervalle deux ou trois ensemble, & quelquefois davantage, sans les ranger trop régulierement, ni les faire trop égaux, y mêlant aussi de petites broussailles par intervalle, en les semant plus clair les uns & les autres en des endroits qu’en d’autres ; ensuite je donne ma teinte claire de verd sur toute l’étendue du bois, & quand cette teinte est bien séche, je donne un petit coup de verd foncé sur chaque arbre, du côté de l’ombre, pour le rendre de relief, le tout dans le goût marqué dans la pl. 14.
Boulangerie. Lorsqu’elle est sous terre, comme dessous un bastion plein, ou sous le rempart d’une courtine, on en marque la figure par des lignes ponctuées en rouge, suivant l’art. 7. Sect. 2. seconde partie ; & quand elle est hors de terre, on en dessine le bâtiment tel qu’il est, que l’on détaille selon que la grandeur de l’échelle le permet, & on le lave comme les autres bâtimens.
Canal. S’il est revêtu de maçonnerie, les lignes qui marqueront son revêtement seront en rouge ; mais s’il n’est pas revêtu, les lignes seront noires, & on lavera son lit avec la couleur d’eau, comme les rivieres ; & s’il est en projet, on lavera ses bords en jaune, en adoucissant du côté des terres, Voyez planche 14.
Caponiere. Dans les plans dont l’échelle est d’un pouce ou d’un pouce & demipour cent toises, on en marquera le parapet par une ligne seulement, comme à celle qui est à la gorge de la demi-lune 1, (pl. 14 & & 15.) laquelle traverse le fossé, observant de laisser un passage du côté de la contrescarpe, pour communiquer dans le fossé & dans les autres ouvrages, & on lavera son glacis comme celui des chemins couverts, puisqu’il est fait de même.
Mais lorsque l’échelle est d’une ligne pour trois toises au plus, il faut y marquer la banquette, ainsi qu’aux autres ouvrages, comme on peut le voir à celle qui est à la gorge de la demi-lune 1. pl. 15.
Cavalier. Il ne sera point nécessaire d’y marquer les embrasures des batteries, ni les taluts de son revêtement, si ce n’est lorsque le plan sera sur l’échelle d’une ligne pour trois toises au plus ; ce qui n’est point absolument nécessaire ; au reste son parapet sera lavé d’une teinte entiere d’encre de la Chine comme celui des autres ouvrages.
Casernes. | ![]() | Voyez Bâtiment particulier. |
Chapelle. |
Chaussée. On la dessinera à l’encre de la Chine, & l’on y marquera ses taluts, pourvû A que l’échelle du plan ne soit pas moindre que d’un pouce pour cent toises ; & on lavera d’une demi-teinte d’encre de la Chine l’un de ses taluts, qui sera du côté de l’ombre. On marquera aussi les ponts aux endroits où il y en aura, observant de faire ceux de pierre en rouge, & ceux de bois à l’encre de la Chine, en marquant à ceux-ci les madriers de leur plancher, autant qu’il sera possible, le tout dans le goût de la chaussée qui traverse le marais, pl. 14.
Chemins. On les marquera par deux lignes déliées & tendres à l’encre de la Chine, tracées négligemment, & non ferme, observant de mettre des haies où il y en aura, par de petites broussailles, dans le goût de celles du paysage, (pl. 14.) sans y rien laver.
Je ne puis passer sous silence le mauvais goût de quelques dessinateurs au sujet des chemins, les uns les marquant par deux lignes paralleles, & donnant d’un côté une ombre coupée, ce qui les éleve comme une chaussée, pendant qu’ils sont le plus souvent creux ; les autres enfin les lavent dedans d’une couleur de terre rougeâtre ; mais ces goûts ne valent rien, & ne sont point naturels : à l’égard de ceux qui sont ponctués, tout autre que celui qui a fait le plan est en droit de les prendre pour des aqueducs ou des chemins souterreins, comme il y en a sous l’Observatoire de Paris.
Chemin couvert. La ligne qui en marque le parapet doit être un peu moins grosse que celle du trait magistral de la place ; au surplus on ne lave point leur terre-plein, mais seulement leur glacis, avec une demi-teinte d’encre de la Chine, en adoucissant insensiblement a rien vers leur pied.
Chemin des Rondes. On n’y lave rien non plus.
Cimetiere. On les marque ordinairement par de petites croix rouges ou noires, pour marquer les unes de pierre, & les autres de bois.
Contrescarpe. Voyez Revêtement.
Communication. Celles qui sont pour communiquer à quelque redoute ou lunette qui sont au pied du glacis du chemin couvert, s’expriment dans les plans dont l’échelle est d’un pouce ou d’un pouce & demipour cent toises au plus, par deux lignes noires seulement, sans entrer dans un plus grand détail, comme il est aisé de voir par celles qui communiquent du chemin couvert aux lunettes 6. & 7. pl. 14.
Mais lorsque l’échelle sera d’une ligne pour trois toises au plus, il sera bon de marquer les traverses que l’on y fait pour empêcher l’enfilade ; & les deux lignes qui marquent la communication seront en crochet comme les chemins couverts. Voyez celles des lunettes 6. & 7. pl. 15.
Corps-de-garde. Dans les plans dont l’échelle est d’un pouce ou d’un pouce & demi pour cent toises, on le marquera par un petit rectangle dessiné & lavé au carmin. Voyez celui de la demi-lune 3. pl. 14.
Mais lorsque l’échelle sera d’une ligne pour trois toises au plus, on pourra fort bien exprimer sa galerie qui sert à mettre les armes à couvert pendant le jour. Voyez celui de la demi-lune 3. pl. 15.
Digues. Celles qui sont de maçonnerie seront dessinées & lavées au carmin, observant de faire le trait du côté de l’eau plus gros que l’autre, qui doit être délié ; & celles qui ne sont que de terre seront dessinées & lavées à l’encre de la Chine ; mais celles qui ne soutiennent l’eau qu’à une certaine hauteur, servant de déchargeoir au canal dont elles soutiennent les eaux, sont toujours de maçonnerie, & pavées dessus, lequel pavé est entretenu par une charpente, que l’on exprime comme celle qui soutient l’eau du canal qui passe dans la redoute 8. pl. 14.
Echelle. Le goût le plus simple est le plus propre pour les échelles des desseins. Voyez celles de la pl. 4.
Eglise. Voyez Bâtiment particulier. Au surplus mettez une petite croix dans l’endroit du maître-autel.
Embrasures. Il n’est point absolument nécessaire de les marquer, à moins que l’échelle du plan ne soit d’une ligne pour trois toises au plus, parce qu’elles ne sont pas sensibles lorsque l’échelle est plus petite.
Escalier. Il n’est point nécessaire non plus de marquer les escaliers que l’on fait aux angles rentrans de la contrescarpe pour monter sur le chemin couvert, ainsi que ceux qui sont aux gorges des ouvrages détachés pour monter de même ; à moins que l’échelle ne soit aussi d’une ligne pour trois toises au plus. Voyez la pl. 15.
Escarpe. Voyez Revêtement.
Ecluse. Lorsque l’échelle du plan est plus petite qu’un pouce pour trente-six toises, on en marque les bajoyers & les piles par une ligne seulement au carmin, de la grosseur de celle des revêtemens des ouvrages, observant de faire les piles pointues aux deux bouts, pour en exprimer les avants & arrieres-becs. Voyez l’écluse qui est à l’angle saillant du chemin couvert du bastion 4 planche 14.
Mais lorsque l’échelle du plan sera d’une ligne pour trois toises au plus, c’est-à-dire d’un pouce pour trente-six toises, on marquera l’épaisseur des bajoyers & des piles de l’écluse par deux lignes déliées au carmin, entre lesquelles on lavera d’une teinte entiere de la même couleur. Voyez celle qui est à l’angle saillant du chemin couvert, vis-à-vis l’angle flanqué du bastion 4. pl. 15.
Etang. On en marquera les bords & la chauffée qui en soutient les eaux, à l’encre de la Chine, observant de marquer aussi les taluts de cette chaussée ; & si elle est revêtue du côté de l’eau, comme il arrive quelquefois, soit que ce revêtement soit à pierre séche ou avec mortier, on l’exprimera comme les autres revêtemens, par une ligne rouge, & l’on marquera l’endroit de la vanne par deux lignes ponctuées en travers de la chauffée sur toute sa largeur ; on observera aussi de faire par intervalle dans l’étang & sur ses bords quelques joncs & roseaux, le tout irrégulièrement, & on en lavera l’étendue avec la couleur d’eau, en adoucissant dans le milieu. Voyez celui de la pl. 14.
Fléche. Pour marquer & connoître le courant de l’eau des rivieres & des ruisseaux, on met une petite fléche dans leur lit, ou à côté de leur bord, lorsque ce lit n’a pas assez de largeur pour pouvoir l’y placer, laquelle fléche l’on dessine assez petite à l’encre de la Chine & dans le goût le plus simple. Voyez celle qui marque le cours de la riviere, pl. 14. & 11 Le petit dard est le bout de la fléche qu’on doit entendre marcher le premier avec l’eau.
Fontaine. Si le bassin de sa source est de maçonnerie, on en dessinera le plan au carmin, & on l’emplira de couleur d’eau.
Fossés. S’ils sont pleins d’eau, on les lavera avec la couleur d’eau, en adoucissant la teinte vers le milieu, & en en conservant là force sur les bords, autant qu’il sera possible ; & si les fossés sont secs, on les lavera d’une couleur de terre rougeâtre.
Fraises. On ne les marque point dans un plan en entier : on peut dire en passant qu’elles ne sont pas plus utiles que la cinquiéme roue à un chariot, sur tout lorsque la piéce est bien palissadée au pied & sur sa berme ; elles ne lui fervent donc tout au plus que d’ornement.
Glacis. On les lave avec une demi-teinte d’encre de la Chine, en en conservant la force au sommet, & en l’affoiblissant insensiblement à rien vers leur pied. On observera de ne pas laver toutes les faces, mais une seulement alternativement.
Guérite. On ne les marque point dans un plan en entier, si ce n’est leur passage, lorsque l’échelle du plan est d’un pouce pour trente-six toises au plus ; mais cela est assez inutile.
Halle. Dans les plans dont l’échelle n’est que d’un pouce ou d’un pouce & demipour cent toises, il suffira de laver son emplacement d’une demi-teinte de carmin, comme les autres isles des bâtimens.
Mais lorsque l’échelle du plan sera d’un pouce pour trente-six toises au plus, on en marquera les piliers, que l’on dessinera & lavera au carmin. Voyez celle marquée C. pl. 15.
Hôpital. Voyez Bâtiment particulier.
Hauteur. On les dessinera à la plume, ou simplement avec le pinceau à l’encre de la Chine. Notez qu’il n’est pas aisé d’y réussir de bon goût, sur tout à la plume, parce qu’il est plus difficile de les représenter en plan, comme l’on doit toujours faire, qu’en perspective. Voyez Montagne.
Haies. On les exprimera par de petites broussailles, à l’encre de la Chine, par dessus lesquelles on donnera un petit coup de pinceau avec du verd.
Jardins. On les dessinera avec une demi-teinte d’encre de la Chine, dans le goût qu’on les voit, (planche 14.) & l’on donnera quelques petits coups de pinceau avec du verd dans des endroits, & du jaune dans d’autres ; le tout irrégulierement & très-légerement.
Notez que les Jardins qui sont dans la pl. 14. sont fermés par de petits fossés ou canaux que la riviere remplit d’eau.
Isles des maisons bourgeoises. On en dessinera le contour au carmin, observant de faire les lignes du côte du jour déliées, & celles du côté de l’ombre plus grosses, comme nous l’avons expliqué dans la seconde partie, section 2. sur-tout dans les plans où les rues sont un peu régulieres ; car lorsqu’elles sont trop irrégulieres, il est plus à propos de faire toutes les lignes déliées ; ensuite on lavera l’étendue de chaque isle d’une demi-teinte de carmin, en l’affoiblissant dans le milieu, comme celle qui est marquée d (pl. 14.) & D (pl. 15.) ; ou si l’on aime mieux, on les lavera uniment avec une teinte claire, comme celles marquées e, (pl. 14.) & E, (pl. 15.) Voilà les deux goûts les plus suivis, on choisira celui qui plaira : cependant il est bon de dire que le dernier goût ne convient guères que pour les plans dont l’échelle n’est que d’un pouce ou d’un pouce & demipour cent toises.
Isle de riviere. On les dessinera à l’encre de la Chine, & on en lavera l’étendue d’une teinte claire de verd, que l’on affoiblira dans le milieu en adoucissant, observant de conserver la force de la teinte sur les bords, lorsque le terrein sera assez grand pour pouvoir le faire, sinon on les lavera tout uniment ; ensuite on fera de petites broussailles dans ces isles, on y donnera aussi un petit coup de verd avec le pinceau, dans le sens horizontal ; on en fera de même avec du jaune, le tout légerement, par intervalles & irrégulierement.
Ligne magistrale. Voyez Revêtement.
Magasin à poudre. Dans les plans dont l’échelle n’est que d’un pouce ou d’un pouce & demi par cent toises, on en marquera les murs de la cage par une ligne rouge seulement, égale à celle du revêtement des ouvrages, sans en marquer les contreforts, ensuite on les lavera d’une teinte claire de carmin. A l’égard du mur de clôture qui est autour du magasin, on le marquera par une ligne rouge déliée ; & s’il n’y a que des palissades au lieu de mur, on les exprimera par des points noirs. Voyez celui qui est dans le bastion 2. pl. 14.
Mais lorsque l’échelle du plan sera d’un pouce pour trente-six toises au plus, il sera beaucoup mieux de marquer l’épaisseur du mur de la cage du magasin & de ses contreforts, par deux lignes déliées au carmin, entre lesquels on lavera de la même couleur, & on exprimera la voute par deux lignes ponctuées d’angle en angle de la figure, sans y rien laver ; au surplus on observera de marquer la porte du magasin, aussi-bien que celle du mur de clôture dont il est isolé ; & si au lieu de ce mur il n’y avoit que des palissades, on les exprimeroit par de petits zeros. Voyez le magasin à poudre qui est dans le bastion 2. pl. 15.
Marais. On les exprimera par des ondes de couleur d’eau, que l’on tracera à la plume avec l’encre de la Chine ; ensuite on lavera entre ces ondes d’une teinte de verd égale à celle des prairies, sur laquelle on fera des herbages en maniere de roseaux, le tout dans le goût de celui qui est dans la planche 14.
Montagne. Les uns les dessinent à la plume, ensuite lavent par-dessus les coups de plume avec une demi-teinte d’encre de la Chine, en donnant la teinte plus forte du côté de l’ombre ; mais ce goût a un air sale & ridicule : ainsi je n’ai jamais trouvé que la plume fît bien avec le lavis. Si l’on dit que le lavis sert pour donner l’ombre plus forte dans des endroits que dans d’autres, je répondrai que cela se doit faire par des hachures plus fortes, sans quoi la plume n’a rien de beau ; il faut donc ou tout un, ou tout autre. Les autres sont les montagnes entierement au pinceau, avec l’encre de la Chine, cette maniere est plus aisée à attraper de bon goût, que celle à la plume, elle convient mieux aussi lorsqu’il s’agit de faire des terres labourées, des vignes, des bois & antres paysages sur ces hauteurs, parce qu’ils s’y trouvent moins brouillés que parmi des hachures à la plume ; mais il sera encore bien de meilleur goût de faire les montagnes & les collines d’une couleur de terre rougeâtre, que l’on rembrunira du côté de l’ombre ; c’est le goût que je préfére à tous les autres.
Palissades. On ne les marque point dans les plans en entier, non plus que les fraises.
Parapet. Dans les plans en entier, on le lavera d’une teinte entiere d’encre de la Chine, le plus uniment que l’on pourra.
Parterre. On en dessinera la broderie à la plume, avec une demi-teinte d’encre de la Chine, ou avec une forte teinte de verd & l’on en mettra une assez claire dans le fond. Voyez celui du bâtiment marqué B, dans la pl. 15.
Passage de guérite. On ne peut guères le marquer que dans les plans dont l’échelle est d’une ligne pour toise.
Pont de bois. On le dessine à l’encre de la Chine, dans le goût de ceux qui traversent le fossé de la place & celui de la demi-lune, (pl. 14. & 15.) mais il ne faut pas que l’encre soit trop noire ; la teinte pour laver les parapets sera suffisamment noire pour ces sortes d’ouvrages ; & pour distinguer le pont levis du pont dormant, on y fait deux diagonales. Voyez les mêmes planches. Au surplus on n’y lave rien.
Pont de pierre. On les exprimera par deux lignes rouges paralleles, & l’on en marquera les avants & arrieres-becs, autant qu’il sera possible. On n’y lave rien non plus.
Porte d’entrée d’une place. Dans les plans dont l’échelle est d’un pouce ou environ d’un pouce & demipour cent toises, on en marquera le passage par deux lignes rouges, & s’il y a un corps-de-garde de chaque côté du passage dans le talut du rempart, comme à Sarrelouis, à Longwy & autres places neuves, on les marquera aussi en rouge, & on les lavera d’une demi-teinte de la même couleur. Voyez ceux de la porte, entre 2. & 4. pl. 14.
Mais lorsque l’échelle du plan sera d’un pouce pour trente-six toises au plus, il sera mieux de représenter les bâtimens qui sont au-dessus de la porte & des corps-de-gardes, par le plan de leur couverture, comme on peut le voir à la porte entre 2. & 4. pl. 15.
Poterne. On l’exprimera par deux lignes ponctuées traversant le rempart, pour marquer leur passage souterrein, observant de marquer aussi son entrée par des lignes qui ne soient pas ponctuées. Voyez celles qui sont dans le milieu des courtines, vis-à-vis les demi-lunes 1. & 5. pl. 14. & 15.
Prairie. On en marquera la pointe de l’herbe par de petites vétilles, avec une teinte d’encre de la Chine qui ne soit pas plus forte que celle avec laquelle on lave les parapets des ouvrages ; ensuite on passera une teinte claire de verd : mais il faut que le goût en soit léger, comme il paroît par la pl. 14.
Puits. On en dessinera le contour au carmin, que l’on emplira de couleur d’eau.
Ravines. On les dessinera à la plume ou au pinceau, en observant de faire le trait fort du côté du jour, & l’autre délié du côté de l’ombre, par la seconde régle Section 11. de la seconde partie ; on donnera aussi une petite ombre avec le pinceau contre le gros trait. Voyez pl. 14.
Redoute. On la dessinera par un petit quarré au carmin, qu’on emplira d’une demi-teinte de la même couleur.
Redoute de terre. On la dessinera à l’encre de la Chine celle qu’elle sera, & on lavera son parapet & son fossé comme les autres ouvrages.
Rempart. Anciennement on lavoit les remparts d’une demi-teinte d’encre de la Chine ; mais à présent on ne les lave plus.
Rampes. Il n’est point nécessaire de les parquer, à moins que l’échelle ne soit d’un pouce pour trente-six toises au plus. Voyez celles du talut du rempart à côté de la porte d’entrée de la place, & celles du rempart des demi-lunes 3. & 5. pl. 15.
Revêtement. Lorsqu’il est de maçonnerie, on le marque par une ligne rouge bien nourrie, qui doit être plus grosse que celle qui marque les gorges & les contrescarpes des ouvrages ; & lorsque ce revêtement n’est que de gazon, la ligne qui le marque doit être noire.
Notez que le demi-revêtement des ouvrages se distingue par un petit espace blanc, qui est une berme qu’on laisse entre ce demi-revêtement & le pied du talut exté138 LES REGLES DU DESSEIN rieur de la partie du revêtement qui est de gazon. Voyez les demi-lunes 1. 3. & 5. planches 14. & 15.
Rideau. Voyez Hauteur & Montagne.
Riviere. On renfermera son lit par deux lignes noires, dont celle du côté du jour sera plus grosse, & l’autre assez déliée, par la seconde régle, , Section II. de la seconde partie ; ensuite on lavera son lit avec la couleur d’eau, en conservant la force de la teinte sur les bords, & en l’adoucissant dans le milieu du lit, pourvu que la riviere se trouve d’une largeur à pouvoir le faire ; car il faut que ce lit ait au moins deux lignes de pied de Roi, pour pouvoir ménager la force de la teinte sur les bords & l’affoiblir dans le milieu, sinon on le lavera tout uni.
Ruisseau. On le renfermera aussi de deux lignes noires, si l’échelle du plan le permet, sinon on ne fera qu’un trait, contre lequel on mettra un petit fil de couleur d’eau du côté de l’ombre. Voyez les deux ruisseaux qui passent dans le marais pl. 14.
Sentier. On l’exprimera par une seule ligne déliée à l’encre de la Chine, qui ne soit ni ferme ni trop noire, au contraire assez pâle ; pour cet effet on se servira d’une demi-teinte, observant de faire quelques petits bouts de haie par intervalle, pour lui donner du goût. Voyez la pl. 14.
Souterrein. Voyez l’art. 7. Section 2. de la seconde partie. Voyez aussi le souterrein du bastion 4 pl. 14. & 15.
Talut. Il n’est pas nécessaire de le marquer, à moins que l’échelle du plan ne soit d’une ligne pour trois toises au plus alors on le marquera par une ligne noire très-déliée & bien nourrie.
Terres labourées & labourables. Comme il y en a souvent beaucoup à faire dans l’accompagnement d’un plan, on doit rechercher, comme pour les bois, un goût qui soit expéditif, pourvu qu’il soit passable & suivi de plusieurs. Voici la façon dont je les fais ; mais auparavant il est bon de dire qu’il y a trois choses à observer dans la maniere de faire les terres labourées, pour éviter le mauvais goût dans lequel plusieurs Dessinateurs tombent. La premiere, de ne point sillonner toutes les pièces de terre dans un même sens, & de prendre garde, en voulant éviter ce défaut, de tomber dans un autre plus grand, en les faisant alternativement dans un sens contraire, ce qui feroit le panier d’osier.
La seconde, d’éviter que celles qui sont voisines & contiguës soient toujours de même figure & de même grandeur, si ce n’est très rarement & par intervalle.
Et la troisiéme, de ne point arranger les piéces de terre d’une maniere trop affectée, ce qui est une suite de la premiere chose A observer.
Je ne parlerai point d’une maniere de faire les terres labourées & de les arranger, qui est des plus ridicules ; parce que je n’en ai vû de cette façon que dans un plan de Charleroi qui est gravé. Toutes les piéces de terre y sont presque quarrées & à peu près de la même grandeur, & bordées tout autour regulierement de petits zeros, pour marquer apparemment des arbres ou des buissons. Il y a aussi une prairie qui est encore d’un très mauvais goût ainsi le Graveur a fort bien fait de ne pas mettre son nom. Il n’est point marqué aussi où se vend ce plan ce n’est pourtant pas manque de place, puisqu’il y a trois cartouches dans lesquels il n’y a rien d’écrit. Il y a encore dans un des coins de l’estampe la carte des environs de la place, sur une petite échelle qui est en récompense d’un assez bon goût & c’est ce qu’il y a de mieux.
Je fais donc d’abord les allons ou rayons des terres labourées avec le crayon noir, par des traits fermes & paralleles entr’eux, espacés les uns des autres d’environ une ligne de pied de Roi, observant de leur donner sur les côteaux une courbure qui suive à peu près la convexité du terrein, & de faire le contraire au pied des côteaux, qui est la même courbure dans le sens contraire. Et parce que dans la campagne il y a toujours pendant l’été des terres labourées qui sont en herbe, c’est-à-dirè en bled verd, d’autres dont les épis sont prêts à sécher, d’autres pièces de terre qu’on laboure pour se reposer pendant l’année, & d’autres enfin qui sont en friche, ce qui fait dans la campagne une variété de couleurs qu’il est bon d’imiter autant qu’il est possible ; d’autant plus qu’il est mieux pour enjoliver le plan, d’en représenter le paysage dans sa plus belle saison. Pour cet effet, après avoir tracé au crayon les pièces de terre, comme nous l’avons dit ci-dessus, on donnera sur chaque trait un petit coup de lavis avec le pinceau, de la couleur qui conviendra à chaque pièce de terre, pour imiter, autant qu’on le pourra, le naturel ; mais il faut que ce coup de lavis soit léger, c’est-à-dire qu’il ne s’étende pas sur toute la piéce de terre, & que la teinte soit claire, attendu que cela seroit trop placard, mais seulement sur chaque trait ou sillon, en adoucissant d’un côté.
C’est pourquoi 1o. pour les pièces de terre qui sont en bled verd, je me sers d’une teinte claire de verd. 2o. Pour celles dont les bleds sont murs, d’une teinte claire de gomme-gutte, & cette teinte peut aussi représenter les navettes qui sont en fleur. 3o. Pour celles qui sont labourées pour se reposer, d’une teinte claire d’une couleur de terre, d’un brun rougeâtre. 4o. Et enfin pour les terres qui sont en friche, j’en lave l’étendue avec une teinte claire de verd, comme les prairies ; & au lieu de sillons, j’y fais de petites broussailles légerement par intervalle ; avec une demi-teinte d’encre de la Chine, ainsi qu’au pied de quelque piéce de terre ; je fais aussi quelque bout de haie & quelques arbres, plus ou moins, selon que le pays est plus ou moins couvert ; le tout dans le goût de celles qui sont dans le paysage. (pl. 14.)
Terre-plein. On lavoit anciennement d’une teinte claire d’encre de la Chine le terre-plein des ouvrages ; mais à présent on n’y lave rien, & cela est beaucoup mieux, car un plan lavé dans cet ancien goût avoit un air sale.
Traverse de chemin couvert. Il faut mettre le plus gros trait du côté de sa banquette, & la laver avec la même teinte des parapets du corps de la place. Au surplus il n’est pas nécessaire d’y mettre de banquette, à moins que l’échelle du plan ne soit d’un pouce pour trois toises au plus, & on ne doit la marquer que par une ligne noire déliée, comme celle qui marque les taluts des ouvrages. (Voyez les pl. 14. & 15.) A l’égard des traverses qui se font dans les ouvrages, comme sur la capitale d’un bastion, d’une demi-lune ou d’une place d’armes, pour en empêcher l’enfilade, les deux lignes qui en renferment l’épaisseur doivent être également grosses.
Vignes. On les dessinera dans le goût de celles qui sont dans le paysage de la pl. 14. & l’on donnera sur chaque cep un petit coup de pinceau de verd assez vif, mais légerement, c’est-à-dire sans l’étendre trop.
Voûte. Celles de maçonnerie qui sont au rez-de-chaussée des ouvrages, seront marquées par des lignes ponctuées en rouge ; & celles qui seront au-dessus du rez-de-chaussée, le seront par des lignes ponctuées en noir. Voyez l’art. 7. Sect. 2. seconde partie.
AVERTISSEMENT.
Dans les plans en entier des places, on doit toujours marquer les pièces de fortification par des chiffres ; mais les bâtimens, comme les magasins à poudre, & autres, les arsenaux, les casernes & autres bâtimens appartenant au Roi, doivent être marqués par des lettres alphabetiques, pour éviter la confusion & le grand nombre de chiffres, qui empêchent de trouver promptement une pièce de fortification dans un plan en entier, sur-tout lorsqu’elles sont en grand nombre. Quand toutes les lettres de l’alphabet sont employées, après s’être servi des majuscules, on le servira de Lettres romaines, & même des Italiques, si on avoit encore besoin de lettres, comme je l’ai fait dans le plan de Besançon, où les piéces de fortification & & tous les dedans de cette place, tels que les magasins à poudre, à fourages, les corps-de-gardes, les casernes & autres bâtimens appartenant au Roi, ainsi que ceux appartenant à la Ville, comme l’Hôtel-de-ville & ceux où l’on rend la Justice, les Hôpitaux les Eglises & les Couvens, & enfin les magasins de provision, étoient marqués tous par des chiffres, ce qui en faisoit un si grand nombre & & par conséquent Une si grande confusion, qu’on avoit une peine infinie de trouver une pièce de fortification ou autre, lorsqu’on avoit besoin de sçavoir où elle étoit placée dans le plan.
Mais pour éviter encore le grand nombre de chiffres, il ne faut point cotter les courtines, les places d’armes, les chemins couverts, ni aucune partie de la contrescarpe ; & lorsqu’on aura besoin d’indiquer ces parties dans quelques mémoires, on dira, là courtine entre I & 2 ; de même, la place d’armes de l’angle faillant de la contrescarpé du bastion 3, ou de la demi-lune 4 , ou l’angle rentrant de la contrescarpe entre le bastion 3 & la demi-lune 4.
A l’égard des autres choses qui ne concernent point la fortification, qui peuvent se trouver aux environs des places, comme hameaux, fermes, maisons de campagne, & autres choses ; on en écrira le nom auprès comme l’on peut voir dans la planche 14.
REMARQUE.
On observera que toutes ces différentes pièces, soit qu’elles soient marquées par des chiffres ou par des lettres, doivent être rangées vers un des côtés du planou des deux côtés, s’il est nécessaire, dans une marge d’environ trois à quatre pouces de largeur, suivant l’ordre naturel des nombres, en commençant par un bout de la principale enceinte de la place, & finissant par l’autre bout qui le joint, observant d’y comprendre les demi-lunes de chaque front, c’est-à-dire qu’après avoir cotté le premier bastion d’un front, on contera la demi-lune de ce front, & ensuite l’autre bastion du même front, en continuant de même dans toute l’enceinte ; j s’il y a une citadelle qui tienne à la ville, on cottera ses pièces en tournant autour pour aller joindre l’autre côté de l’enceinte de la ville ; & enfin s’il y a une fausse braye ou une double enceince, on continuera à en cotter les piéces, en commençant où l’on aura fini la principale enceinte, & en suivant toujours le même ordre. On en tera de même pour les ouvrages avancés, pour les citadelles détachées de la place & autres forts, s’il y en a, en faisant de toutes ces choses des articles que l’on distinguera par des titres. Un exemple fera comprendre aisément tout ce que nous venons de dire ; c’est ce que nous allons faire par le modéle qui suit, pour lequel nous avons choisi Besançon parce que cette place nous fournira à peu près tous les cas qui peuvent se trouver, & nous en avons coté les piéces suivant l’ordre & les principes que nous avons établi.
